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2021 – Enfin ! Retour à Sokoine après 1 an et demi !

« La patience est la clef de la joie… »

Après 1 an et demi d’attente, me voilà repartie pour la Tanzanie le 11 septembre (non non, comme vous le voyez je ne suis pas superstitieuse !). Je suis tellement impatiente de retrouver les petitous de notre école et mes amis…

11/9 – Mon voyage s’est bien passé. Je sors de l’avion et vais faire mon test pcr, négatif ouf ! Je souffle enfin, je suis en Tanzanie et plus rien ne peut m’empêcher de me rendre au village ! Je vais récupérer mes valises mais j’apprends que 2 valises sont coincées dans la soute de l’avion et la 3e est restée à Amsterdam…  Je dois donc rester une nuit de plus à Dar es Salaam pour attendre mes bagages…

12/9 – Emma, mon ami, me fait visiter différents  endroits en attendant de pouvoir aller à Sokoine. Il m’emmène dans un endroit où « beaucoup de personnes riches viennent faire leurs achats ». Il s’agit d’une galerie marchande, comme chez nous.  Pour emma c’est géant ! Nous allons ensuite manger dans un endroit où un groupe joue de la musique Africaine, super ambiance. Entre-temps, Emma apprend qu’il y a eu un décès au village, un homme d’un certain âge, respecté de tous. Les obsèques ont lieu le lendemain. Nous retournons à l’hôtel et Emma me dit qu’il va faire tout son possible pour récupérer mes valises pour que nous puissions partir tôt le lendemain matin pour le village.

Je m’endors et à 4h du matin on frappe à ma porte.
Emma n’a pas dormi de la nuit, il a réussi à faire rapatrier mes 3 valises à l’hôtel et il me dit que nous devons partir au plus vite pour arriver le plus tôt possible à Sokoine pour assister aux funérailles.

13/9 – Je m’habille rapidement et rejoins Emma à l’accueil de l’hôtel. Il est 5h du matin et à cette heure-ci les navettes de l’hôtel ne sont pas disponibles, nous trouvons donc un « bajaji » (petit véhicule à 3 roues)  pour nous amener à la gare routière. Bien évidemment, il est très difficile de faire rentrer mes 3 valises de 23 kg chacune dans ce minuscule véhicule ! D’ailleurs l’une d’entre elles est à moitié en dehors du véhicule à côté du chauffeur. C’est ça l’aventure et il y a toujours des solutions !
Nous voilà arrivés à la gare routière de Dar pour trouver le bus qui nous amènera jusqu’à Morogoro. Nous trouvons 2 places au fonds du bus, ce ne sont pas les meilleures car nous sommes au dessus des roues… Il y a des travaux sur la route, une voie ferroviaire sera bientôt prête pour aller de Dar es Salaam jusqu’à Morogoro, c’est une super nouvelle car notre voyage sera bientôt plus rapide et plus agréable ! J’ai l’impression qu’il y a des dos d’âne tous les 10 mètres…. j’ai le dos en compote. Emma, lui, dort à poings fermés ! Forcément, il n’a pas dormi de la nuit…
Après avoir pris un taxi à Morogoro, nous voilà arrivés à Sokoine en début d’après-midi. Nous déposons mes bagages rapidement au pub de Emma qui est à l’entrée du village puis nous allons directement aux funérailles.  La cérémonie se déroule sur le terrain du défunt, il sera enterré dans sa propriété. Ce moment est l’occasion pour la famille, les amis du village et des environs de se retrouver. Les hommes et les femmes sont séparés. Nous sortons du taxi et Emma me dit que maintenant nous nous séparons car il doit rejoindre le groupe d’hommes qui est au loin et de mon côté je dois rejoindre les femmes. Je vais donc, seule, à la rencontre des femmes. Je mets ma shuka (tissu Massaï) autour de ma taille pour entrer dans le cercle des femmes Massaïs. Je leur présente mes condoléances.  Elles me remercient. Il y a tellement de monde que je ne sais pas trop où me diriger. Mais je vois rapidement la maman de Emma, puis ma Nasra, la maman de mes filleuls. Nous pleurons, heureuse de nous retrouver enfin après 1 an et demi d’attente. Nous nous asseyons par terre parmi les femmes et écoutons le pasteur. Des femmes pleurent à outrance, il n’y a pas cette pudeur que nous avons ici. Des hommes prennent le cercueil en photo. Il y a de la musique Massaï en fond et un pasteur fait la cérémonie. Un grand repas est organisé.
Les enfants viennent à moi avec un grand sourire et me présentent leur tête en signe de respect, je dois poser ma main sur leur tête pour les saluer. Ils ont tellement grandi. Seretui, à qui j’avais apporté des béquilles lors de mon dernier séjour, vient à moi et s’assoie sur mes genoux. Il était tellement sauvage auparavant mais depuis que je lui ai offert ses béquilles il est transformé…
La cérémonie touche à sa fin, cet homme respecté de tous va être enterré et les hommes vont passer la nuit ensemble à remémorer les moments passés avec lui pour l’aider à partir en paix. Les femmes retournent chez elles et moi je retrouve enfin mes 2 chouchous, Nelson et Mesiah. Mon Nelson me dit « welcome Sandrine ». Il est si grand, il parle très bien anglais maintenant, je suis agréablement surprise !

14 sept – Après être un peu restée avec la mama et les autres femmes de ma famille de cœur pour parler et nous réjouir de nos retrouvailles, je me rends à l’école. Sur le chemin je croise des chèvres, des vaches et je me rends compte que je suis privilégiée de pouvoir vivre ces instants, de pouvoir changer de « monde » car, oui, je suis à cet instant même dans un autre monde…

J’arrive à l’école et je vois un homme prendre notre école en photo. Edward, qui gère l’école, m’explique que cet homme est un pasteur. Il est en train de construire une petite église non loin de l’école. Cet homme est Tanzanien et parle très bien le français. J’en profite donc pour me présenter et lui parler de notre association. Il m’explique qu’il a déjà réalisé plusieurs projets en Afrique (construction d’écoles, de puits, et d’églises). Il est charmé par notre école et il aimerait faire quelque chose pour nous aider. Il prend les coordonnées de Edward. Nous croisons les doigts pour qu’il nous recontacte… Je rejoins les enfants qui sont heureux de me voir. Ils chantent avec leur enseignant. C’est la joie dans cette classe ! C’est ensuite l’heure du porridge, je laisse les enfants manger et ensuite je fais la distribution de ballons, les enfants sont tellement contents…

En fin de matinée, je me rends au pub de mon ami pour boire un chai (thé, lait, épices et gingembre) et manger un chapati et un fruit. Des amis Massaïs sont là et nous sommes heureux de nous revoir. Ils me demandent comment se passe la vie en France par rapport au covid. Je leur explique la situation et ils sont surpris de toutes les contraintes que nous avons par rapport à cela. Ici, en Tanzanie, ils vivent sans l’appréhension du covid, personne ne se protège et ils ne voient pas de personnes malades… Allez comprendre…

15/9 – Avant de me rendre à l’école et pour ne pas perturber le travail des enfants en classe, je m’arrête chez la maman de mes filleuls pour prendre mon petit déjeuner. Elle a cuisiné des bananes plantain bouillies et du chai (toujours un régal). Des femmes de la famille sont également là. Elles se sont déplacées pour assister aux funérailles. Une fois le petit déjeuner pris, elles prient avant d’entamer leur « voyage » pour retourner dans leur village.

Je me rends à l’école pour rejoindre Edward. Une fois les cours terminés, nous distribuons les tee-shirts et sacs que j’ai rapportés. Il s’agit d’un partenariat entre MtotoSchool et le Club shop 13 de Livio Borsi. Nous utiliserons ces tee-shirts pour les activités sportives car nous avons commandé des uniformes (chemises et pantalons/jupes) grâce aux récoltes de pièces jaunes. Je distribue également aux cuisinières de l’école des tabliers et sacs que l’agence O2 de salon de provence nous a gentiment offerts, les femmes sont ravies d’avoir une belle tenue pour cuisiner. Le temps passe vite à l’école et l’après-midi je rejoins mes filleuls pour passer du temps avec eux.
Je leur apporte des cadeaux, entre autre le jeu des 7 familles. J’explique la règle du jeu à l’aîné de mes filleuls et c’est lui qui traduit en swahili les explications aux autres enfants. Je suis si fière de lui. Nous communiquons si facilement maintenant ! Du fait qu’il parle tout le temps en swahili avec sa famille, ses parents sont surpris et fiers quand je leur dis que leur fils parle très bien l’anglais.

16/9 – Aujourd’hui j’ai envie de décorer la classe avec mon Nelson.  Nous faisons des découpages, des coloriages et décorons les murs. Nous jouons avec les enfants (ballons gonflables). Il est 16h, Nasra prépare le repas (c’est mon 1er de la journée) avec du mbonga (légume qui a le goût des épinards) et bananes plantain. J’explique à Nasra ma façon de cuisiner les bananes et lui promets de lui montrer la prochaine fois comment je les cuisine (à la poêle et épices, cela a plus de goût et cela changera des bananes bouillies).
Après le repas je discute avec mon Nelson. Il me dit qu’il aimerait pouvoir venir un jour en France.  Je lui explique que la vie est différente et il me pose des tas de questions. Je lui explique, entre autre, que nous n’avons pas la même façon de vivre en France. Par exemple, en Tanzanie, les habitations dans les villages ne sont pas clôturées. Qui que ce soit peut venir vous voir et si vous êtes en train de manger alors vous partagez votre repas avec cette personne. Pour les Massaïs le partage est très important. Je lui explique qu’en France, nos maisons sont clôturées et il n’est pas facile d’entrer dans notre maison et que si quelqu’un se présente chez nous pour manger nous n’aurons pas forcément une bonne réaction à l’égard de cette personne… Mon filleul me regarde, les yeux écarquillés, il ne comprend pas ce comportement…

Nous parlons tellement que je ne me rends pas compte qu’il est tard et que la nuit est tombée, je ne peux pas rentrer à pied jusqu’à ma chambre, mes amis me l’interdisent. Je me rend donc au pub et demande à Emma s’il peut trouver quelqu’un pour me ramener. Un ami me ramène en moto en échange de quelques shillings.
J’entre dans ma chambre et que vois-je ??!! Un rat qui grimpe à toute allure au mur pour aller se cacher dans les combles ! Je me rends compte qu’il a commencé à  grignoter mes  valises pour accéder aux gâteaux, pâtes et autres aliments que j’ai emporté avec moi. Je passe une nuit blanche car j’entends le rat et je surveille mes sacs… C’est décidé, demain je distribue tous les aliments.

17 sept – Je dois laver mes vêtements mais j’avoue que j’ai envie de faire la fainéante !… Je propose donc à une femme qui n’a pas beaucoup d’argent de me les laver en échange de quelques shillings. Elle est ravie de ma proposition !
Je me rends à l’école et je prévois de préparer de la semoule de couscous avec de la sauce tomate pour les enfants puis de leur distribuer des chamallows. Les enfants savourent, ça leur change un peu du porridge.
Cet après-midi je vais à Dakawa pour manger. C’est un après-midi détente . Je croise des personnes, adultes et enfants, qui me sourient, j’apprécie leur gentillesse et leur politesse. Ils s’arrêtent pour me parler, toucher ma peau et mes cheveux, regardent mes vêtements. Certaines ont des notions d’anglais et veulent faire ma connaissance. C’est cela que j’apprécie dans ce pays, nous ne nous connaissons pas mais il n’y a pas de barrière. Je ne me sens pas étrangère… Nous ne sommes pas loin du commissariat du village et la chef de la police me voit parler avec les villageois. Elle vient vers moi et dit à mon ami qu’elle souhaite faire ma connaissance. Nous la suivons dans son bureau. Il y a juste un bureau et 2 chaises, un ventilateur au plafond, il fait très chaud. Elle me demande ce que je fais en Tanzanie. Je lui parle de l’école à Sokoine, elle me félicite d’aider les enfants de son pays. Elle se présente à son tour. Elle est veuve et a 3 enfants. Elle cherche un parrainage pour aider sa fille aînée à poursuive sa scolarité. Je lui explique qu’il est difficile de trouver des parrainages pour notre école et que je me vois malheureusement dans l’impossibilité de l’aider. Elle me comprend. Elle me donne son numéro de téléphone si toutefois un jour j’aurai besoin de son aide. J’apprécie son geste et la remercie.

18/9 – Samedi, jour du marché Massaï. Nous partons en moto pour éviter d’être confinés avec plusieurs personnes dans un véhicule.
Aujourd’hui il faut que j’achète un uniforme, des chaussures, des cahiers et stylos pour une de nos filleules qui est en primaire. Elle va être ravie ! Nous en profitons pour acheter des fruits et légumes pour faire un petit repas de fête en famille. Une fois nos achats terminés nous allons rejoindre des amis pour notre traditionnel repas sur le marché. Nous partageons un énorme morceau de viande avec des frites ou bien de l’ugali avec de la sauce tomate, un régal ! Les gens ont le sens du partage. Les amis qui arrivent sur le marché viennent à nous et s’arrêtent pour manger avec nous. Il est préférable pour les Massaïs de moins manger et de partager leur repas. Quel bel état d’esprit ! Imaginez que vous êtes au restaurant, vous mangez, un(e) ami(e) passe et s’asseoit pour manger dans votre assiette… quelle serait votre réaction ??!! Le mot qui revient souvent dans leurs conversations est « unité « , c’est cette unité qui fait la force de ce peuple.
En milieu d’après-midi nous retournons à Sokoine. J’apporte des bananes à mes filleuls. Nasra est partie faire une course. Nelson et Mesiah ont une petite soeur de 1 an, Nelson s’en occupe très bien. Les enfants sont capables de rester seuls et s’entraident. Les plus grands s’occupent des plus petits. Ils ne s’ennuient jamais et sont heureux car ils sont toujours ensemble et ne sont pas cantonnés chez eux…
Je propose aux enfants de faire une activité dessin et peinture. Ils sont ravis car la plupart d’entre eux n’ont jamais utilisé de peinture. Nous avons fait cela sur le sol dans la maison de Nasra et bonjour les dégâts ! Nous nettoyons le sol avant que Nasra ne revienne à la maison !…
La nuit tombe, Nasra et moi préparons le repas (frites, omelette, sauce tomate). Nous sommes sur le pas de la porte à cuisiner avec un chaudron posé à même le sol dans l’obscurité éclairées à l’aide de mon téléphone… Dans ces moments-là je ne peux pas m’empêcher de penser au gouffre qu’il y a entre notre mode de vie et la leur. Il paraît impensable qu’à des milliers de kilomètres il est si facile de cuisiner, d’avoir l’électricité. D’ailleurs Nasra me demande «toi tu cuisine debout ou assise ?»… Je lui explique alors comment est faite ma cuisine et combien il plus facile et plus agréable de cuisiner dans ces conditions.

19/9 – C’est dimanche, je suis réveillée à 6h du matin par les  moutons et les chèvres. La plupart des vaches sont en forêt car la saison sèche commence et le pâturage se fait rare au village. Les femmes partent de bon matin avec leur bébé dans le dos pour rejoindre les troupeaux de vaches afin d’avoir du lait. Elles les surveillent également car vu le manque d’herbe les vaches ont tendance à aller manger les cultures des paysans et cela entraîne des conflits et des litiges à régler au commissariat de police… Je lave mes cheveux. Je fais l’attraction. Les enfants me regardent, penchée au-dessus de mon seau d’eau, et cela les fait rire. C’est tellement plus facile pour eux de se laver les cheveux évidemment ! Nous nous amusons ensuite ensemble avec des ballons, un rien les rend heureux. Plus tard, en début d’après-midi, je me rend au pub de mon ami pour déjeuner (je n’ai pas pris le temps de prendre mon petit déjeuner), je fais souvent 1 seul repas par jour et curieusement ça ne me pose aucun souci. Le rythme de vie est différent ici, nous n’avons pas d’heure précise pour préparer les repas. Cela se fait lorsque toutes les tâches principales ont été faites. Après mon repas, je me rends dans une petite église faite de branchage et de terre. En m’approchant j’ai la chair de poule car j’entends ces chants aigüs qui me font toujours un effet fou ! Je rejoins les personnes qui sont en train de chanter et danser, je danse avec eux. Tout est prétexte de fête, tout est joyeux ici !

Je retourne ensuite dans ma petite famille et je commence à préparer un repas pour les enfants (pâtes, bananes plantain à ma façon, tomates). Les enfants sont ravis. Ils n’arrêtent pas de me remercier et de me dire « tamu ! » (c’est bon !). C’est exactement ça que j’aime, leur apporter l’essentiel, les voir se régaler et voir leurs joues pleines de sauce tomate !

Je réserve ensuite ma soirée avec les femmes de la famille, je parle avec mama avec les mots que je connais et que je mets bout à bout. Nous rions car malgré la difficulté du langage nous arrivons à  nous comprendre. Mama me propose de me faire de l’ugali mais je n’ai pas faim car j’ai mangé tard cet après-midi. Nous buvons alors du chai avant de nous coucher.

20 sept – Aujourd’hui mon Nelson n’est pas allé à l’école car il avait mal à la gorge et mal à la tête. Je lui propose de venir avec moi pour continuer à décorer la grande classe. Nous sommes dans le bureau de l’école et faisons des découpages et des coloriages. Moment tranquille tous les deux, nous sommes heureux.

Lorsque les enfants sortent de classe, Edward et moi leur distribuons leur nouvel uniforme aux couleurs jaune et vert qui ont été achetés grâce à la tirelire MtotoSchool (un grand merci aux personnes qui nous aident à faire cette collecte !). Je trouve ces uniformes lumineux. Nous décidons de garder les tee-shirts pour les séances de sport.  Les enfants ont de quoi être beaux pour aller à l’école !

Je vais prendre mon déjeuner au pub (riz, mbonga, carotte, haricots en sauce). J’aide ensuite mes amis à placer les boissons sur les étagères du pub et je vends des boissons aux Massaïs. Ils sont heureux de me voir active dans le pub et s’amusent à me demander à tour de rôle des boissons différentes pour voir si je m’en sors ! Nous avons bien rigolé.
J’essaie de partager mon temps avec tout le monde et je retourne donc chez la mama qui est mon petit chez moi aussi. Impossible de faire une arrivée discrète, les enfants sont toujours excités quand j’arrive et crient «Sandrine !!». Mama est en train de décorer une calabasse avec des perles. C’est un long travail. Les femmes me proposent de m’habiller en Massaï et de porter leurs bijoux (collier, ceintures, bracelets de chevilles et manchettes). Le tissu des vêtements est épais, ce qui rend les vêtements lourds. De plus, les bracelets de chevilles et manchettes sont très larges et me blessent malgré le peu de temps que je les porte. Je me demande comment elles peuvent supporter ces bijoux tout le temps sans jamais les enlever… Lorsque je sors de ma chambre, vêtue des vêtements Massaïs, les enfants m’attendent avec impatience. Ils crient de joie quand il me voient, leurs yeux expriment leur stupéfaction de me voir habillée ainsi. Mon chouchou, Nelson, met ses mains sur sa bouche et ses yeux sont écarquillés et crie waouuu !
Je me mets à remuer mes épaules comme les femmes Massaïs pour faire tinter mes colliers. Les enfants rient. Mon ami Emma me dit apprécier de me voir ainsi vêtue car « ça met des étoiles dans les yeux des enfants ». Nous faisons une séance photo. Puis les enfants jouent. J’en profite aussi pour leur montrer une video que j’ai faite dans l’avion au dessus des nuages. Les enfants et les femmes sont surpris, ils n’imaginaient pas que l’on puisse se retrouver au dessus des nuages. J’aime leur faire découvrir de nouvelles choses, je les rends heureux et ça me rend heureuse… Nous avons passé un bel après-midi. Je me rends chez Nasra car elle souhaite que l’on mange ensemble. Elle aime cuisiner et parler avec moi. Nous échangeons nos façons de cuisiner tel ou tel aliment et c’est très enrichissant pour l’une comme pour l’autre.

Ce soir nous parlons du corona et de la croyance en Dieu. La Tanzanie ne semble pas être touchée par le virus comme on pourrait le croire.  C’est vrai que personne ne se protège et personne ne voit de cas autour d’eux. « Ce sont nos prières et dieu qui nous protègent » me dit Nasra.  Tout le monde au village a le même discours, seul Dieu et les prières les protège du virus.

C’est apaisant pour moi de pouvoir faire une pause avec cette fichue pandémie,  j’ai tendance à oublier qu’à des milliers de kilomètres, dans mon pays, beaucoup de choses sont devenues contraignantes… 

J’ai terminé mon repas avec Nasra et les enfants. Il fait nuit, je vais au pub pour prendre mon piki piki du soir (moto taxi) pour retourner à ma chambre.

21 sept – 6h : Les enfants se lèvent et se préparent pour aller à l’école . Ils m’attendent ensuite derrière ma porte pour me dire bonjour. Ils espèrent toujours recevoir un ballon gonflable. Je fais la distribution et ils partent, heureux d’avoir un ballon.
Aujourd’hui je vais à Morogoro pour accompagner mon Nelson avec ses parents à l’hôpital car il est encore un peu malade. Après sa visite auprès du docteur nous allons prendre un petit déjeuner, un bouillon de viande avec un énorme mandasi, un délice, le meilleur de tous ceux que j’ai mangé !

Nous cherchons ensuite un magasin de vélos. Nelson m’a plusieurs fois montré au village qu’il savait faire du vélo et tournait autour de moi l’air de dire « tu as vu Sandrine ?! J’aimerai tellement avoir un vélo moi aussi ». Nous trouvons le vélo adéquate, Nelson me regarde avec un grand sourire, il est heureux, je suis heureuse. Je fais rajouter un porte-bagage pour que son petit frère puisse monter derrière. Ce sera leur cadeau, pas de jaloux. Lorsque nous rentrons Nelson veut utiliser son vélo tout de suite. Une de ses cousines est allée laver la vaisselle au lac et lui demande s’il peut transporter l’énorme bassine remplie de vaisselle jusque chez sa grand-mère. Il attache le tout sur le porte-bagage et part, tout fier, apporter la vaisselle à sa grand-mère et lui montrer son cadeau.

22 sept – Aujourd’hui nous allons faire des pop corns à l’école. Les enfants en raffolent. Je reste en classe pour regarder les enfants travailler. Une belle ambiance y règne, les enfants s’y sentent bien. Ils chantent et rient. Ils aiment apprendre. Ça me conforte dans l’idée qu’il faut se battre pour les enfants du village. Quand je vois qu’ils quittent notre école pour aller en primaire avec des notions d’anglais, je me dis que nous avons réussi quelque chose. Ce qui me chagrine c’est que la plupart d’entre eux oublient malheureusement cette seconde langue car en école publique l’anglais n’est pas pratiqué. Nelson, mon filleul, parle très bien anglais car il est dans une école privée à Sokoine. Je trouve dommage que le gouvernement n’incite pas les enfants à apprendre l’anglais en primaire.

L’école est terminée, je pars avec Nasra au village voisin, Dakawa, pour acheter des légumes pour la famille  et des bonbons pour les enfants.  J’en profite pour acheter 1 ballon pour l’école car les élèves détruisent les ballons à une allure folle. J’en profite également pour acheter un nouvel uniforme à mon chouchou.

A mon retour, Mama me prépare des frites (chipsy) et du chai. Elle me dit que je cuisine tout le temps pour les enfants alors elle a envie de me faire plaisir aujourd’hui. Les enfants dansent au rythme de chansons Massaïs et jouent autour de nous.
Ils attendent avec impatience de pouvoir manger.  Les femmes cuisinent au sol dans l’obscurité avec une lampe torche calée dans leur cou. C’est difficile de cuisiner dans ces conditions, il faut faire attention de ne pas faire tomber la nourriture dans le sable, la fumée brûle mes yeux et je dois sortir à plusieurs reprises pour respirer de l’air frais.
Les enfants mangent dans l’obscurité mais ça ne les dérange pas, c’est normal pour eux.  Je les observe et je me demande comment leur petit estomac peut recevoir tout ce qu’ils mangent…

23 sept – Sur le chemin de l’école, je me retrouve avec plusieurs enfants à mes côtés. Ils portent mes sacs pour m’aider. Certains d’entre eux ne vont pas à l’école car leurs parents n’ont pas les moyens de payer les frais scolaires… Je ne les connais pas tous mais ils me sautent malgré tout dans les bras. Ces enfants sont tellement respectueux et affectueux. Je leur donne ballon, ils sont fous de joie. Je pense qu’à force de me voir distribuer des ballons je suis devenue « madame ballons » car ils m’en demandent constamment. « mpira ! mpira ! » (ballon !).

Je dis aux enfants que je pars pour l’école et nous nous disons « à plus tard ». Aujourd’hui nous cuisinons du porridge (uji) pour les élèves. Je ne reste pas longtemps à l’école car mon ami Emma me propose un moment de repos et promenade à Dakawa. Je prends mon 1er repas de la journée à 16h… Emma est toujours très occupé et ne voit pas le temps passer. J’ai un peu faim mais ça va, je tiens le coup ! C’est fou comme le corps s’adapte. En même temps je n’ai pas trop le choix ! Sur le chemin (à 3 en moto) nous croisons nos élèves qui sont maintenant en primaire. Ils rentrent de l’école. Mzungu ! Mzungu ! Nous nous arrêtons sur le bord de la route, les enfants s’approchent de moi et inclinent leur tête vers moi, me disent « shikamo » (formule de respect envers les aînés). Je touche leur tête en guise de bonjour et leur réponds « marahaba » (formule de remerciement envers leur respect). Les enfants me touchent les cheveux, ma peau et rient entre eux, ils sont contents de me voir et moi aussi.

Nous repartons pour Dakawa. Nous commandons notre repas : pour moi ce sera un pot au feu avec des pommes de terre,  bananes plantains,  carottes et de la viande. Quant aux Massais, le traditionnel plateau de viande avec de l’ugali. Ils sont fous de viande.  Tout est mangé, gras y compris, les os sont cassés pour manger ce qu’il y a à l’intérieur.
Avant de retourner à Sokoine j’achète des concombres, des avocats et des oeufs pour mes filleuls. Ce n’est pas tous les jours qu’ils peuvent manger équilibré et je profite d’être là pour leur apporter des vitamines. Nous nous arrêtons ensuite au pub, les Massaïs sont toujours contents de me voir et aiment parler avec moi. « qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui ? ». Je vais ensuite chez nasra pour préparer une salade de concombres et avocats avec les œufs pour les petitous. Il n’y a plus de charbon au village donc il nous est impossible de cuisiner.

24 sept – Aujourd’hui à l’école, les enfants ont leurs beaux tee-shirts. Nous les faisons jouer dehors. Collin maillard, course, ballon. Les rires raisonnent dans l’école. Des mamans viennent pour inscrire leur enfant. C’est réjouissant de voir chaque jour de nouveaux élèves arriver à l’école. Lorsque je suis arrivée il n’y avait que 18 élèves, à mon départ ils étaient une trentaine. Notre école reprend des forces et c’est encourageant.
Cet après-midi je suis invitée au collège de Sokoine pour la remise des diplômes aux élèves qui sont en graduation 7 (équivalent de la 6e en France). C’est la fête à  l’école. Il y a de la musique. Les familles sont toutes rassemblées devant la place où les élèves vont recevoir leur diplôme. On me demande de m’asseoir avec les enseignants et représentants de l’école. Les professeurs arrivent en dansant, la professeur qui est en tête du groupe a un gâteau dans ses mains. Ce gâteau va être déposé sur une table et chaque élève qui recevra son diplôme aura droit à un petit morceau de gâteau. Les élèves arrivent à leur tour en dansant, ils ont un chapeau fait de papier. Certaines filles ont un rythme endiablé et je me régale de les regarder. Cette cérémonie est tellement joyeuse !  Une fois que les élèves ont reçu leur part de gâteau vient le tour des familles et membres de l’école. Pour recevoir un bout de gâteau il faut faire une offrande à l’école. A chaque don, une musique endiablée se fait entendre et des femmes dansent au milieu de la coure. Je suis bien sûre invitée à participer à cette offrande et ai droit à ma part de gâteau. Tout le monde crie de joie en me voyant participer à leur fête ! Des adolescents montrent leurs prouesses en grimpant dans les arbres. Cette fête est vraiment particulière pour moi mais si banale pour les Tanzaniens. De jeunes filles Massaïs font une démonstration de danse et je reconnais quelques filles qui étaient des élèves de MtotoSchool. Je suis époustouflée de voir combien certaines d’entre elles ont changé en si peu de temps. Ce sont presque des femmes maintenant et à cet instant je vois défiler ces 6 années de travail pour aider ces enfants… J’en ai les larmes aux yeux.

Une fois que la fête est terminée je vais voir les filles pour leur dire bonjour. Elles sont contentes de me voir, cela fait tant d’années que nous partageons de bons moments ensemble…

Les femmes m’appellent. Le repas est prêt. Seulement je n’ai pas faim car j’ai mangé avant de venir. Pour les Massaïs, peu importe quand a été pris le dernier repas. Tant qu’il y a de la place dans l’estomac les femmes et les hommes mangent.
Retour au village.  Je vais dire bonjour à mon chouchou qui vient de rentrer de l’école. Je lui explique que je suis allée à la cérémonie et que j’ai beaucoup aimé. Il se met à calculer en quelle année il aura sa remise de diplôme et je lui promets d’être là pour ce grand moment !

25 sept – Jour de repos. Nasra fait une ceinture en perles qu’un homme lui a commandé. Nous parlons de tout et de rien. Je suis allongée sur une mkeka (paillasse) et savoure ce moment à ne rien faire…
J’ai offert des bulles de savon aux enfants. Ils s’amusent à courir après les bulles et rient aux éclats. Nelson, lui, repasse son uniforme. Il a 10 ans et sait déjà faire beaucoup de choses comme le ménage, laver la vaisselle, laver son linge, faire à manger ou du thé, s’occuper de sa petite sœur. Nasra me dit que s’il lui arrivait malheur alors Nelson serait capable de s’occuper de son frère et de sa sœur…

26 sept – Je passe la matinée avec les enfants de ma famille de coeur. Les enfants dansent au rythme de chants Massaïs que les femmes ont sur leur téléphone. Ils jouent avec les restes de cendres et se barbouillent le visage, ça les amuse. Les jeunes filles lavent la vaisselle de la veille avec de l’eau, du savon et du sable pour désincruster les restes de nourriture… Une autre casse des branches pour faire du feu. Les jeunes garçons sont partis avec les chèvres. Les femmes balaient leur maison et préparent le feu pour boire le chai. Je mangerai plus tard car aujourd’hui les réserves sont épuisées à la maison… Je vais au pub de emma avec la mama, il fait déjà chaud, la mama marche lentement. J’entends des chants au loin, c’est dimanche, jour de la messe. J’entre dans l’église et je ressens la joie de toutes ces personnes qui chantent et dansent, ces voix aigües me donnent la chair de poule. Ils n’ont pas un sous dans leur poche mais énormément de joie dans leur coeur.  
Je me rends plus tard au pub de mon ami, Emma prépare une fête car c’est mon anniversaire aujourd’hui.  Il prend des ballons gonflables que j’ai toujours dans mon sac. Son attention me touche, il veut tout le temps me faire plaisir !
Il est 15h, je prends mon 1er repas (riz, viande en sauce et pastèque).
Jérémia apprend que c’est mon anniversaire. Il me dit « attends je reviens avec de l’eau ! ». Je ne comprends pas ce qu’il se passe et reste assise à ma table. Jérémia revient derrière moi et me verse de l’eau sur la tête ! Je crie car je suis surprise et me lève en lui disant qu’il est fou de faire ça ! (en plus je viens de me laver les cheveux zut !). Il m’explique que c’est la tradition Massaï quand on fête un anniversaire ! C’est comme un renouvellement de baptême. Je ne savais pas et m’excuse pour ma réaction…
En fin de soirée, plusieurs hommes, Massaïs et habitants du village entrent dans salle où Emma a préparé ma petite fête. Il m’appelle et me fait entrer, tout le monde m’applaudit. On m’invite à  m’asseoir à une table face à « mon public ». Je suis un peu gênée d’avoir tous ces yeux rivés sur moi mais ils sont tellement heureux de me faire cette surprise. Mussa, un ami qui enseigne dans le collège de Sokoine, m’explique comment va se dérouler la soirée. Il m’explique que chez les Massaïs il n’y a pas de gâteau d’anniversaire. Les anniversaires sont célébrés avec de la viande. Il s’adresse aux hommes qui sont face à moi et leur parle en swahili. Ils se mettent tous à chanter joyeux anniversaire en anglais, en massaï puis en swahili. Une fois terminé ils me demandent de chanter en français et ils essaient de répéter tant bien que mal. Ils sont tellement contents et moi aussi ! Vient le moment de partager la viande, une chèvre a été sacrifiée à l’occasion de mon anniversaire…

Mussa m’explique que je dois choisir une personne dans le public qui viendra à mes côtés. Pour ne froisser personne, je ferme les yeux et pointe quelqu’un du doigt. Ce Massaï est tout heureux de me rejoindre.

Nous prenons un bout de viande avec un petit pic et nous nous l’échangeons. La fête est ouverte, sur une musique Tanzanienne, les Massaïs viennent à tour de rôle pour recevoir leur morceau de viande, ils sont heureux, ils mangent de la viande. Tout le monde chante dans la salle, ils prennent des ballons et jouent entre eux !.. En fin de soirée je remercie tout le monde pour avoir pris du temps pour organiser cette jolie fête que je ne suis pas prête d’oublier !

27 septembre – Je suis en classe avec les enfants.  Ils font de la lecture, de l’écriture et chantent. Aujourd’hui nous avons 22 élèves. Nous sommes contents car de nouveaux élèves arrivent.
Après l’école je rejoins mes 2 filleuls. Je les aperçois au loin courir vers moi pour me sauter dans les bras. Que cet instant est beau… Notre lien est si fort, je souhaite le meilleur pour eux… Nous prenons ensemble notre déjeuner (pommes de terre, chapati et omelette aux légumes). Je vais ensuite me reposer dans ma chambre car il fait très chaud aujourd’hui.
Les enfants jouent avec une balle faite avec une récupération de sacs plastiques ficelés. J’aperçois de ma fenêtre les chèvres qui reviennent de la forêt, les chevreaux les entendent et sentent leur mères. Ils bêlent à n’en plus pouvoir car ils ont faim. Ils sont lâchés et vont téter. Après m’être reposée je rejoins les femmes de la famille et parle avec elles. Comme d’habitude, elles me posent beaucoup de questions sur la vie en France. Une d’entre elles me demande « Si je viens en France, les mzungu me tuent ? » Elle me fait le geste d’un couteau sous la gorge ! Je rie et leur répond que non, il y a des Africains qui vivent en France et tout se passe bien. Elles sont surprises d’entendre que des Africains vivent en France… Une autre ouvre son téléphone et met des musiques Massaïs. Les femmes chantent et les enfants dansent. Comment définir ce moment si paisible ?… Leur vie est dure mais il y a toujours cette joie de vivre tous ensemble.

29 sept – C’est une matinée tranquille,  j’ai envie de prendre mon temps aujourd’hui, après tout je suis en vacances ! Je me lève donc plus tard. Les femmes sont déjà partie à leurs occupations. Les unes surveillent les vaches, les autres vont faire leur lessive ou bien sont parties vendre du lait.
Je décide donc d’aller au pub pour aller prendre mon petit déjeuner. Sur mon trajet je croise des chèvres et des vaches qui sont restées au village, tout est paisible. J’arrive au pub, des Massaïs dansent au rythme de musiques Tanzaniennes et me saluent. Je bois mon chai et mange un chapati puis vais ensuite rejoindre les enfants à l’école. Ils sont en train de jouer sur le toboggan, font également de la balançoire et crient de joie.
Je propose aux plus grands de leur apprendre à dessiner à partir de modèles que j’ai apporté. Ils sont fiers de leurs dessins et ne pensaient pas pouvoir être capables de faire ça.
Il fait tellement chaud aujourd’hui encore que je retourne à la maison pour prendre une douche, le vent soulève le sable, ma peau et mes cheveux sont sales.
Je reste un peu avec la mama et les enfants, nous parlons un peu. Puis je retourne voir mes filleuls qui jouent au ballon. Il y a un match de foot aujourd’hui donc ils imitent les footballeurs !
Nasra  cuisine des bananes plantain en guise de frites avec des légumes (mbonga), de la sauce tomate maison (je lui ai apporté un presse-purée). Elle voulait faire une omelette et je lui explique comment faire des œufs au plat (histoire de lui montrer comment cuisiner autrement les œufs). D’habitude les enfants n’aiment pas trop les bananes quand elles sont bouillies mais ils se régalent de les manger frites. Nelson goûte son œuf au plat. Les yeux fermés, il savoure… Il n’avait jamais mangé de sauce tomate maison ni d’oeuf au plat. Il me regarde, murmure mon prénom et secoue la tête en me disant que c’est un délice! Quel bonheur ! Des femmes passent au même moment, elles ont faim et la cuisine de Nasra sent bon… Nasra partage son repas avec elles.

Les Massaïs sont tous au pub pour regarder le match de foot. Ils sont incontrôlables lorsque leur équipe marque un but, ils sautent devant la télé et crient ! Ils vont ensuite fêter « leur victoire » en buvant une bonne bière et en jouant au billard.

30 sept – Aujourd’hui nous avons 25 élèves (malgré 4 absences). Le nombre d’élèves augmente ! Les jours se ressemblent, les enfants sont heureux et épanouis. Cela renforce ma conviction qu’il faut que je me batte pour maintenir notre école en vie.
Quelques anciens élèves qui sont désormais en primaire passent me dire bonjour lorsqu’ils sont de retour au village et mangent du porridge qui a été préparé à l’école. Certaines filles n’osent plus s’arrêter pour manger à l’école. Nasra m’explique qu’en grandissant, les filles ont honte de manger devant quelqu’un. Elles préfèrent se mettre dans une pièce seules ou accompagnées d’autres filles de leur âge pour manger. Je comprends maintenant pourquoi je ne vois presque pas certaines de nos anciennes élèves. Le temps passe, les enfants grandissent et je dois respecter leur culture…

1 oct – Malgré que nous ayons utilisé les pièces jaunes pour acheter les uniformes des élèves, je tiens quand même, pour mon dernier jour à l’école, à faire un petit repas festif à l’école. Nous achetons du riz (merci Jacqueline pour ton don !), des tomates, des oignons, de l’ail et deux grosses pastèques).
Les enfants se régalent. Ils ne cessent de me dire  « tamu » (c’est bon). Nous leur distribuons également des chamallows, qu’ils adorent, puis les traditionnels ballons. C’est la fête à l’école !

Je quitte le village lundi. Dur après 3 semaines d’immersion au pays des Massaïs… mais je suis malgré tout contente de constater que l’école se porte de mieux en mieux. Chaque semaine de nouveaux élèves arrivent, c’est donc bon signe.

2 oct – Samedi, jour du Massaï market.  Emma veut acheter 2 chèvres.  Nous partons à 3 sur une moto. Sur la route nous doublons une autre moto,  c’est Samwel, un cousin de Emma qui va vendre sa chèvre au marché.  Emma le fait arrêter en bord de route, ils négocient le prix de la chèvre et l’affaire est conclue.  Samwel fait demi-tour pour amener la chèvre chez Emma et nous reprenons la route pour le marché.
Arrivés au marché, Emma cherche une 2e chèvre, il y en a beaucoup mais le tarif est trop élevé, il n’achètera pas d’autre chèvre aujourd’hui. Des Massaïs me proposent d’acheter leurs chèvres « hey mzungu, unataka mbuzi ?! ». Nous rions et Emma me dit que ce serait bien que j’achète des chèvres moi aussi pour avoir mon propre troupeau et faire du business plus tard !
Nous prenons ensuite notre repas traditionnel et repartons au village.
De retour à Sokoine je vais voir mes filleuls qui me sautent dans les bras. Je m’asseois pour parler avec eux et Nasra. Des femmes passent et papotent…. J’ai sommeil, il fait très chaud. Je vais prendre une douche pour me requinquer. La fenêtre de la douche de Nasra donne sur l’école, le soleil se couche et met en valeur les couleurs de l’école, derrière se dresse notre vieux baobab, c’est magnifique…

Lorsque je ressors il n’y a plus personne.
Nasra n’est plus là, j’entends Mesiah qui m’appelle, il me guide derrière la maison, Nelson fait la vaisselle.  Je lui propose mon aide et nous lavons la vaisselle tous les 3. Nous nous éclaboussons et rigolons. Nous nous dépêchons car la nuit tombe et bientôt nous ne verrons plus rien !
Une fois terminé, nous nous asseyons et soufflons. Il y avait beaucoup de vaisselle à laver… Des enfants viennent à nous et s’asseoient autour de nous. Nelson et Iqram, anciens élèves de MtotoSchool, commencent à parler et me confient leurs souvenirs pendant leurs années MtotoSchool.  Ils se rappellent des chants (frère Jacques entre autre), des match de foot que nous organisions et autres jeux. Ils en gardent un très bon souvenir et sont un peu nostalgiques…

La nuit est tombée et j’ai promis à Emma de venir au pub pour manger ce soir. Samwel, l’oncle de Seretui (enfant unijambiste), à qui j’ai apporté des béquilles neuves, me dit que Seretui est très heureux et veut me voir. Nous nous donnons rendez-vous pour le lendemain matin pour que j’aille voir petit Seretui.

3 oct – Dernier jour à Sokoine… je me lève et commence à préparer mes valises. Je retrouve ensuite les enfants de ma famille de coeur et distribue des  ballons, rituel du matin ! Je vais ensuite au pub pour attendre Samwel et rendre visite à Seretui.
Seretui et sa famille sont heureux que je leur rende visite. Seretui me montre comment il se déplace avec ses nouvelles béquilles. J’apprends qu’il est désormais dans une école qui est adaptée aux enfants handicapés. Je suis si heureuse pour lui ! Je distribue les derniers ballons qu’il me reste aux enfants de sa famille.

Je quitte Seretui et sa famille. Sur le chemin je croise un petit troupeau de vaches. Une d’entre elles a la peau décharnée, la saison sèche démarre et la chaleur commence à faire des ravages. Il n’y a presque plus de végétation au village pour les troupeaux…
Je me promène au bord du lac, près du pub. Depuis toujours j’aime cet endroit. Les enfants viennent s’y baigner…les vaches aussi… Un ado jette plusieurs bouteilles armées d’hameçons, il pêche de gros poissons !
Des enfants viennent me voir. Je les ai vus grandir, certains étaient à l’école à l’époque mais maintenant ils gardent leurs troupeaux de vaches. Certains ont la chance de continuer leur scolarité, ce n’est pas le cas pour les autres. Nous nous asseyons face au lac. Ils s’amusent avec des bouts de bois ou avec des pneus. Moment de quiétude. Ils me chantent des chansons tanzaniennes et me demandent de chanter à mon tour des chansons françaises.

4 octobre – Il est temps de partir. Je dois faire un test pcr à Dar es Salaam avant de prendre l’avion et dois donc trouver un hôpital et un hôtel à proximité.

Comme d’habitude, j’ai du mal à dire au revoir aux enfants et à mes amis sans verser une larme… Les enfants me font plein de bisous. Je ne traîne pas, le taxi m’attend…

Dar es Salaam : Le voyage est long jusqu’à Dar es Salaam. Mes yeux sont rivés sur le paysage. Je prends tout ce que je peux pour m’en souvenir à mon retour en France. En suivant les conseils du taxi, je trouve enfin un hôtel qui n’est pas loin d’un hôpital selon ses dires.

Nous ne sommes pas loin de la mer. Je rencontre Julie, une ivoirienne qui a vécu en France puis à Londres. Elle est venue vivre en Tanzanie il y a environ 1 an car elle ne souhaitait pas subir les contraintes dûes au corona et la Tanzanie, grâce au président Magufuli, était le seul pays à ignorer le corona. Nous sympathisons et nous nous retrouvons chaque jour dans sa petite boutique où elle vend des boissons et des bijoux.

Le jour du départ est arrivé. La Tanzanie va me manquer, comme d’habitude, vous le savez !… Mais je suis contente de vous apporter de bonnes nouvelles concernant notre école.

Aux dernières nouvelles, la 2nde classe a été réouverte pour répartir les enfants par classe d’âge (les tout petits dans une classe et les moyens-grands dans la seconde).

Tout le meilleur pour notre école et longue vie à MtotoSchool !

 

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2014 – Découverte du peuple Massaï

« Dans la vie il n'y a pas de hasards, il n'y a que des rendez-vous »

Paul Eluard

Zanzibar :

Août 2012, nous sommes mon mari, ma fille et moi en vacances à Zanzibar et nous nous promenons sur la plage en admirant la mer turquoise. J’entends derrière moi : « Hello ! Do you speak english ? »… je me retourne et réponds : « Yes, a little… ». C’est Edward, un jeune massaï qui vend des souvenirs aux touristes sur la plage.

Voilà comment mon aventure en Tanzanie a commencé. Nous avons sympathisé avec Edward, parlé de nos vies respectives, de notre culture si différente et tout cela a été enrichissant autant pour ce massaï que pour nous. A la fin de nos vacances nous avons échangé nos adresses mail. J’étais loin de me douter que cet échange et cette rencontre allait modifier ma façon de voir la vie…

Mon ami Massaï :

De retour en France, je lui ai écrit et lui ai envoyé quelques photos que nous avions faites ensemble et nous étions ravis de pouvoir rester en contact malgré les milliers de kilomètres qui nous séparaient… Contacts difficiles car les coûts de communication sont chers et le réseau Tanzanien n’est pas toujours bon !!!…. Mais ça n’a pas empêché à notre amitié de grandir au fil du temps et de prendre de nos nouvelles respectives.

Un jour Edward me contacta pour me dire qu’il allait se marier et qu’il souhaitait que je sois présente à la célébration de son mariage dans son village, Sokoine, qui se situe entre Morogoro et Dodoma.

J’invite mes proches à regarder l’émission « Rendez-vous en terre inconnue » où justement Mélissa Theuriau découvre le peuple massaï … quelle coïncidence ! Le lendemain de l’émission j’apprends à ma famille et mes amis que je vais vivre la même expérience que Mélissa et assister à un mariage massaï, mais ils ne sont pas vraiment ravis lorsque je leur dis que je veux aller seule en Tanzanie… Je leur explique qu’on m’offre la chance de vivre un moment exceptionnel et que je ne veux pas la laisser passer…

De retour en Tanzanie avec des cadeaux pour mes amis Massaïs :
Fin avril 2014, me voilà à l’aéroport, prête à embarquer pour la Tanzanie ! Mes bagages sont remplis de cadeaux pour toute la famille massaï, des ballons pour les « Mtoto » (enfant en swahili, d’où MtotoSchool), des bijoux fantaisie pour les femmes, des rasoirs pour les hommes, des fournitures scolaires, des jouets, etc…. Je dis au revoir à mon mari et ma fille qui sont un peu réticents à me laisser partir seule, mais je tente une dernière fois de les rassurer en leur affirmant que je serai bien entourée en Tanzanie…

Il est plus de 23h quand j’atterris à Dar es Salaam, il fait encore chaud en cette fin de journée et la moiteur de l’Afrique m’accueille à bras ouverts ! J’aime cette atmosphère ! Edward est là, nous sommes heureux de nous retrouver après tant de sms échangés…

J’ai réservé une chambre d’hôtel à quelques pas de l’aéroport et Edward me rejoindra le lendemain matin pour aller à son village.

En route pour un séjour inoubliable chez le peuple Massaï :
Après une bonne nuit de repos, départ de Dar es Salaam pour Sokoine (un trajet d’environ 6h m’attend !). Dans le bus, tous les yeux sont tournés vers la « mzungu » (femme blanche). Les enfants rient en me voyant et je leur sourie. J’ai toujours pensé que les plus beaux bébés sont les bébés africains ! Une frimousse bien joufflue, des petites tresses pour les filles… trop mignons ! Nous sommes entassés, il y a plus de passagers que de places assises, mais peu importe, il y a encore l’allée centrale qui est libre, les passagers s’assoient sur leurs sacs et le conducteur est ravi car il vend des tickets en surplus !!!
Pendant le trajet, j’admire les paysages de la Tanzanie qui sont magnifiques. La terre ocre et le ciel bleu-gris offrent un contraste à couper le souffle. Il y a des aloe vera à perte de vue et le bord des routes est constamment animé. Acheter un véhicule coûte cher pour certains Tanzaniens donc ils se déplacent principalement à pied ou alors… en covoiturage. A chaque arrêt du bus, des hommes accourent aux fenêtres pour vendre de quoi manger et boire ! Après plusieurs heures de route, nous arrivons à Sokoine. Moi qui pensais que le voyage se terminait ici, eh bien non ! Nous devons prendre une moto car la maison de la famille d’Edward se situe dans la forêt et les « routes » sont impraticables en voiture… Mes bagages sont mis sur une moto et moi je me retrouve sur une autre moto entre le conducteur massaï et Edward … Je ris en pensant à ma famille et mes amis et je me dis « mon dieu, s’ils me voyaient… ils seraient en train de rire autant que moi ! ». Bien sûr, nous sommes fin avril et nous sommes encore à la saison des pluies en Tanzanie. Les routes sont boueuses, l’eau coule tellement à flot que parfois nous sommes obligés de descendre de la moto, traverser à pied la « petite rivière » qui s’est formée au milieu de la route pour pouvoir accéder de l’autre côté…

Rencontre avec les Massaïs :
Enfin, la moto s’arrête. Edward me dit que nous sommes arrivés mais que nous devons marcher un peu, la maison n’est plus très loin. Je m’enfonce dans la boue jusqu’aux chevilles, mes bagages sont dans un état lamentable, mes cheveux trempés… je vais faire une arrivée fracassante !!! Mais ce n’est pas grave, c’est ça l’aventure ! Nous nous dirigeons donc vers la forêt d’acacias et là, moment magique… Je pensais que nous étions seuls mais au fur et à mesure que nous entrions dans la forêt, des massaïs apparaissaient pour m’accueillir et me dire bonjour « jambo !» (écoutez l’hymne Tanzanien). J’avais l’impression de rêver, d’être dans un film… j’étais chez les massaïs, moi la petite française qui n’avait jamais rien fait d’extraordinaire dans sa vie ! Tous les massaïs venaient voir la « mzungu » ! Nous arrivons devant la maison de la maman d’Edward, maison traditionnelle des massaïs faite de terre et de bouse de vache (pas d’électricité ni eau courante !) entourée de branchages pour protéger l’habitation. Ici, c’est certain, on ne se prend pas la tête à zapper avec la télé-commande !La maman d’Edward et toute sa famille m’accueillent avec joie, comme s’ils me connaissaient depuis toujours. Une des filles de la famille me propose de me changer et de lui donner mes habits et chaussures pleins de boue pour les laver… Je suis accueillie comme une reine. A part Edward et Emmanuel, son frère, personne ne parle anglais, seulement le swahili. Difficile de communiquer avec la « mama » mais j’avais toujours un de mes traducteurs avec moi !

Premier soir dans la manyatta, quand la nuit tombe, tout le monde s’installe dans la pièce principale auprès du feu. La mama fait cuire le riz (repas principal) et tout le monde parle. Chacun a des questions à me poser et Emmanuel ou Edward fait la traduction.

L’heure du coucher arrive, je dors avec la mama. Son lit est fait de branchages entrecroisés recouverts d’une toile…et…c’est tout !!! Je peux vous dire qu’avant de me tourner dans le lit je réfléchissais à deux fois comment j’allais m’y prendre ! Les premières nuits étaient difficiles, dos meurtri, mais après… on s’habitue ! Je me disais qu’une fois retournée en France je retrouverai mon bon matelas mais elle, ma mama, elle n’aura jamais les moyens d’avoir un meilleur couchage…

Après une courte nuit… je me réveille et je vois devant moi deux petites bouilles rondes qui me regardent avec curiosité ! Abigaëlle, petite massaï de 4 ans et Philomène son frère de 1 an environ. Je leur dit « jambo » mais ils sortent de la manyatta en courant ! Ils n’ont jamais vu de femme à la peau blanche !

Découverte de la vie Massaï :
Je me lève, on me propose un petit déjeuner, une chope de lait. Le jour se lève vers les 5 heures en Tanzanie et la traîte des vaches se fait dès le lever. La belle-fille de la mama me ramène du lait dans un récipient original. Il s’agit en fait d’un fruit non comestible, séché qui sert à recueillir le lait de vache et qui est aussi utilisé comme biberon pour les bébés. Le lait est fort, je me demande pourquoi il est si différent de celui que je bois en France ?… En fait, pour nettoyer ce récipient, les femmes y mettent quelques braises refroidies et utilisent un genre de goupillon pour frotter l’intérieur. Elles le rincent et réutilisent le récipient pour la prochaine traîte (d’où le goût fort du lait). Ce lait est mélangé avec du thé et beaucoup de sucre, on appelle cette boisson le « chai ». Apparemment, cette boisson est très énergétique et compense les périodes où la nourriture vient à manquer.

Avant de partir pour la Tanzanie, j’avais préparé un « book » pour que les Massaïs aient un aperçu de notre façon de vivre, de la technologie, des coutumes, nos animaux, nos paysages, nos vêtements…. Nous nous installons sous un acacias et je leur montre les différentes photos que je leur ai amené. Les membres de la famille qui ne parlent pas anglais ont envie de communiquer avec moi, ni Emmanuel, ni Edward ne sont là donc nous nous débrouillons en mimant pour nous faire comprendre et nous avons bien rigolé !

On me propose d’aller faire ma toilette… grand moment ! On me montre un grand arbre avec au pied de celui-ci une bâche plastifiée et une grande bassine remplie d’eau de la mare. Encore une fois je pense à certaines personnes de mon entourage et je me dis qu’elles seraient bien mal à l’aise à ce moment précis. Mais ça m’est égal, je m’adapte !

La journée continue, des massaïs qui habitent aux alentours viennent à tour de rôle pour rencontrer la mzungu ! Ils sont tous très gentils, me serrent la main et me regardent de la tête aux pieds. Mes vêtements font rire les enfants (ben quoi ? t-shirt, pantalon…). Les femmes viennent regarder mes bijoux de plus près et cherchent à savoir comment ils sont faits, les enfants s’approchent de moi et essaient d’effacer mon tatouage que j’ai sur l’épaule ! Je leur explique avec des gestes que ça ne peut pas partir mais dès qu’un a fini de « gommer » ma peau, un autre vient à la charge !!! Trop mignons ! Je leur chante quelques chansons enfantines et nous rions !

Il y a beaucoup de monde autour de moi alors je me dis que c’est le moment de déballer les cadeaux. Les petits comme les grands sont ravis de découvrir les ballons, les petites voitures et toutes sortes de petits jouets que j’ai pu emporter avec moi. Les femmes se partagent les bijoux fantaisie que je leur ai amené, les hommes se rasent « à sec » tant ils sont contents d’avoir un rasoir ! Tout le monde est heureux, mais la personne la plus heureuse c’est moi… Je me mets en retrait et je les observe avec leurs cadeaux et tout ça me paraît irréel…

Je ne peux pas boire l’eau de la mare, au risque d’être malade… Nous allons donc au village pour que je m’achète ma bouteille d’eau et en profiter pour recharger mon téléphone. Trois quart d’heure de marche pour se rendre au village, ça fait réfléchir n’est-ce pas ?… Nous, qui utilisons notre voiture pour un oui et pour un non… Nous arrivons au village, je m’assoie sur un banc et cette fois ce sont les écoliers qui viennent me voir. Ils sont vêtus d’un uniforme bleu et blanc. Certains parlent entre eux et m’observent. Petit à petit ils se rapprochent de moi et je me retrouve encerclée sur mon banc, moi assise et eux debout tout autour de moi ! J’appelle Emmanuel au secours car la situation est quand même un peu angoissante !… Je sors mon appareil photo mais dès que je le braque sur eux ils partent en courant !!! J’ai quand même réussi à en prendre quelques-unes. Je leur distribue à chacun un ballon gonflable, c’est l’euphorie, ils sont tellement surexcités que je suis obligée de me percher sur mon banc ! Nous continuons notre chemin pour aller recharger mon téléphone, les enfants nous suivent et me harcèlent pour avoir encore des ballons mais je n’ai plus rien. Je me décide à sortir mon appareil photo et à le braquer sur eux…gagné ! Ils partent tous en courant !!!

Le charme de l’Afrique :


Nous arrivons à la « boutique » pour recharger mon téléphone, nous y entrons et là… grosse surprise pour moi ! Dans la pièce il y a un gros générateur et une vingtaine de téléphones par terre en train de charger ! Le problème est que quelque fois lorsque l’on revient récupérer son téléphone, il n’est rechargé que de moitié car il y a eu une coupure du générateur dans la journée. Mais c’est ce qui fait le charme de l’Afrique !

 

Nous nous dirigeons sur le marché du village et Emmanuel me dit que nous allons manger. Nous nous installons dans une petite cabane faite de feuillages et de branchages et on nous apporte du riz et de la viande de chèvre. Pour cuire les morceaux de viande, les massaïs piquent  la viande sur des bâtons au-dessus du feu, c’est un vrai régal. Les femmes n’ont pas le droit de manger la viande avec les hommes. Apparemment  je fais exception car je suis Européenne… Si à la fin du repas il reste un peu de viande que les hommes n’ont pas mangé alors celle-ci sera ramenée aux femmes et enfants…

 

Les jours passent, déjà 2 semaines que je vis comme une massaï et je dois regagner Dar es Salaam pour prendre mon avion… Je suis heureuse car je vais retrouver mes proches mais quelle tristesse de quitter ma famille massaï. La mama me raccompagne et me demande de revenir bientôt et me dit que je vais lui manquer. Elle aussi va me manquer ainsi que toutes les personnes que j’ai rencontrées pendant ce séjour inoubliable… Nous nous séparons les larmes aux yeux mais je sais au fond de moi que je reviendrai, je leur ai promis.

 

De retour à la réalité, de retour en France, je décide de venir en aide aux enfants du village de Sokoine :

 

De retour en France, je raconte bien sûr mon aventure à tout le monde et c’est dur pour moi car dans ma tête je suis encore là-bas, à Sokoine. J’ai mis du temps à me « reconnecter » à ma vie Européenne car vivre au rythme africain pendant 2 semaines, ressentir ce calme, j’avoue que j’étais un peu déboussolée pendant quelques semaines…

Edward, Emmanuel et moi échangeons à nouveau des sms. Je leur manque et eux aussi me manquent…

Si vous êtes encore là, cela veut dire que le récit de mon aventure vous a intéressé et je vous en remercie.

Cette famille m’a marquée à jamais et je me dis qu’il faut que je fasse une bonne action en Tanzanie dans ce village que j’aime tant. Il ne suffit pas de parcourir le monde et de ramener des souvenirs chez soi. Pour moi, il est important de «donner quelque chose en retour» pour remercier celles et ceux qui m’ont accueillie dans leur pays et dans leur vie… J’en parle avec mes amis Massaïs et nous nous mettons d’accord qu’il y a dans le village de Sokoine un réel besoin de scolariser les enfants âgés de 3 à 6 ans car les écoles maternelles ne sont pas en assez grande quantité. Cette idée m’enchante car j’adore les enfants.

Voilà pourquoi j’ai créé, avec l’aide de mes amis, l’association « MtotoSchool »  en avril 2015.

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2016 – Retour en pays Massaï

« Le plus grand échec est de ne pas avoir le courage d'oser ».

L'Abbé Pierre

Premiers pas de l’association MtotoSchool.

Plusieurs mois de travail suite à la création de l’association MtotoSchool. Nous sommes deux à la tête de l’association et il faut que je trouve des bénévoles, des futurs membres, des donateurs, tant de choses à faire… je ne peux plus reculer, j’ai promis cette école à mes amis Massaïs et ils l’auront.

Mon projet intéresse beaucoup de monde mais je comprends que je dois faire mes preuves et démontrer que cette école pour les enfants Massaïs n’est pas seulement un rêve… Je dois être crédible aux yeux de tous si je veux trouver des fonds pour construire cette école…

Je parle de mon projet autour de moi et quelques temps plus tard je rencontre une personne qui me propose de devenir bénévole dans l’association. Nous organisons ensemble des marches solidaires pour multiplier les contacts.

Retour en Tanzanie

Février 2016 : Me revoilà en Tanzanie, non pas pour passer des vacances au soleil mais pour rencontrer les élèves du village de Sokoine, pour qui j’ai créé l’association MtotoSchool, et régler quelques tâches administratives.

J’arrive à Dar es Salaam, il est pratiquement minuit et la chaleur m’accueille dès la sortie de l’aéroport, quel plaisir ! Emmanuel aussi est là pour m’accueillir, joyeuses retrouvailles ! Je passe la nuit dans un hotel où la chaleur est étouffante et où j’entends les prières des musulmans durant une grande partie de la nuit (35% des habitants Tanzaniens sont des musulmans). Pas évident de se reposer !

Quelques petites heures de sommeil ont suffit et je suis enfin prête pour Sokoine, j’ai tellement hâte de retrouver ma famille Massaï et de faire connaissance avec les élèves du village !… Après avoir pris un taxi, nous arrivons Emma et moi à la gare routière de Dar es Salaam pour trouver un bus. Dès notre arrivée c’est la cohue autour de nous ! « Mzungu, mzungu !! » Les hommes voient une Européenne et veulent donc prendre mes valises pour me guider jusqu’à un bus pour recevoir un pourboire. Emma est obligé d’intervenir pour les calmer car ils se disputent mes valises entre eux… Nous trouvons un bus via Morogoro, nous nous installons pour 4 heures de trajet. Des hommes se présentent sous les fenêtres pour vendre des boissons et de la nourriture, c’est la frénésie dans la gare routière. Je me mets à la place de ces hommes et me dis qu’ils sont méritant de faire ce qu’ils font sous ce soleil de plomb… tout cela pour gagner si peu d’argent… Le bus démarre et je savoure chaque instant car je sais que ces 2 semaines en Tanzanie vont s’écouler à une allure folle…

Les véhicules roulent à vive allure et commettent des infractions à tout va… mais tout ça est normal ici. J’ai cru comprendre que le klaxon est primordial pour les conducteurs !…. Au lieu de freiner lorsqu’un piéton traverse la route on klaxonne pour qu’il se dépêche, lorsqu’on double un autre véhicule avec difficulté, c’est la même chose… on klaxonne pour qu’il nous laisse doubler… et les yeux des passagers du bus sont rivés droit devant, guettant le véhicule qui arrive en face….! A chaque instant j’entends murmurer le mot « Mzungu » dans le bus. Je fais l’évènement de la journée. Le bus fait une halte et Emma me propose de nous acheter un soda pour nous rafraîchir, il fait tellement chaud, j’accepte volontiers. Le bus redémarre, j’ouvre ma boisson gazeuse et…. oooohhhh grand malheur… le bus passe sur une bosse sans ralentir, ma boisson est « secouée », j’essaie tant bien que mal de retenir la mousse qui s’échappe de ma bouteille mais impossible ! Le malheureux passager qui se trouve devant moi est arrosé de soda… Il n’est pas très content, Emma lui explique ce qu’il s’est passé mais rien à faire… j’ai droit à la grimace… un bon début en Tanzanie ! Ce n’est pas avec cet homme que je tisserai des liens !

Nous arrivons à la gare routière de Morogoro. Sur cette place il y a des marchands de colliers, chaussures, casquettes, tout est si coloré. Nous quittons notre bus pour cette fois trouver un taxi qui nous amènera jusqu’à Sokoine, encore 2 heures de trajet et je serai enfin chez les Massaïs.

Sokoine :

Nous arrivons enfin dans le village de mes amis ! Ma famille Massaï a changé de lieu de résidence, l’ancienne maison était située dans un endroit plutôt aride, je préfère ce nouvel endroit. Tout est vert, il y a des arbres de partout, la rivière à côté de la maison, des vaches, des chèvres, des poules, des chiots….. C’est génial, un dépaysement total ! La Mama accoure pour m’accueillir à bras ouverts, nous sommes heureuses de nous revoir après ces 2 années passées… Nelson son petit fils de 5 ans, qui va devenir mon filleul, vient me dire bonjour et nous faisons connaissance. Il me reste des biscuits dans mon sac de voyage ainsi que des compotes. Je les distribue à la Mama, Nelson et d’autres enfants qui se sont joints à nous. Ils apprécient beaucoup ! Une fois terminé, ils me disent « biscouti » ! Mais je n’en ai plus… Lorsque je retournerai en ville je leur achèterai des biscuits… Les autres membres de la famille nous rejoignent, je suis si heureuse de retrouver tout le monde, Edward et sa femme, Mali, Jeremia… Les Massaïs vivant à proximité viennent me saluer et ça fait plaisir de voir que tout le monde m’accueille chaleureusement… J’entre dans la maison de la Mama pour y déposer mes bagages et je sens l’odeur du feu de bois dans la pièce principale qui sert de cuisine, ma vie chez les Massaïs commence maintenant… Toute la famille est aux petits soins pour moi dans cette petite maison, ils sont si chaleureux et veulent que je me sente bien chez eux. Ils me proposent un tabouret, d’autres me proposent une tasse de lait sucré, boisson quotidienne des Massaïs, la Mama me cuisine des bananes au lait que nous avons achetées avant d’arriver au village, très bon ! Tout le monde me pose des questions sur mon voyage, comment était-ce dans l’avion, si je ne suis pas trop fatiguée… Ils parlent entre eux en swahili et je regrette de ne pas avoir eu le temps d’apprendre leur langue… Il est temps d’aller se coucher, je vais partager le lit avec la femme d’Edward et Nelson, mon filleul, dans une petite maison qui se situe juste à côté.

Il est 5 heures du matin et j’aperçois de la lumière dehors, c’est la Mama qui utilise sa lampe de poche pour aller jusqu’au troupeau de vaches pour faire la traite et ensuite aller jusqu’à Morogoro pour vendre le lait. Elle ne rentrera que le soir à la tombée de la nuit… Je m’endors encore un peu et suis réveillée 1 heure plus tard… Les vaches, les chèvres passent devant la fenêtre de la maison, il est temps pour elles de partir manger dans la forêt ! Je m’approche de la fenêtre et regarde tout ce troupeau passer à 2 mètres de moi… C’est bon d’être réveillée de cette manière ! Nasra et Nelson dorment encore, je décide de partir à la recherche d’un petit coin tranquille avec mon seau d’eau de pluie pour faire ma toilette… A 6 heures du matin, il n’y a pas encore grand monde dehors, je trouve un petit endroit près de la rivière. Je choisis l’arbre qui peut supporter ma trousse de toilette, ma serviette… parfait ! Pas évident pour une première fois, juste une question d’organisation, demain ça ira mieux…

De retour à la maison, je retrouve Nelson qui est déjà réveillé lui aussi et qui essaye d’attraper à l’aide d’un bâton un de ses tee-shirt étendu sur un fil ! 5 ans et déjà débrouillard ! Il met son tee-shirt et me regarde, fier de lui, en me faisant un grand sourire, je crois qu’il m’a adoptée ! Nous nous dirigeons tous les deux vers la maison de la Mama, sa belle-fille est en train de faire chauffer le lait et cuire l’ugali, qui est l’aliment de base en Afrique de l’Est (farine de maïs cuite à l’eau et ensuite agglomérée en boule). L’ugali est un aliment simple à cuisiner et pas cher. Généralement, l’ugali est accompagné de légumes et de viande en sauce mais on peut le consommer avec une tasse de lait sucré. Il m’est arrivé de manger l’ugali simplement avec du lait, lorsque le stock de nourriture se fait rare, il faut alors prendre une bouchée d’ugali, boire une gorgée de lait et avaler le tout.

Emmanuel nous rejoint, nous prenons notre petit déjeuner. Le lait est très sucré, différent du lait que l’on boit en France ! Les poules, les chiots, les mouches veulent participer à notre repas, pas facile de manger tranquillement ! Nelson me parle en swahili, je regrette tellement de ne pas parler sa langue ! Je connais quelques mots mais ce n’est pas suffisant. Heureusement, Emma est là pour faire le traducteur…

Petit-déjeuner terminé, nous sommes prêts pour aller à l’église, Nelson a cours avec Lusajo et je vais en profiter pour faire sa connaissance ainsi que des élèves.

Pour aller à l’église nous prenons un petit chemin qui traverse la forêt, tout est vert, on entend les vaches, les chèvres. A gauche comme à droite, il y a des petites maisons, identiques à celle de la Mama, et les femmes sont à l’extérieur, lavant leur linge, triant les légumes. Elles redressent leurs têtes en me voyant passer et j’entends « Mzungu ! » et je leur dis « Jambo ! » pour leur dire bonjour dans leur langue. Elles sont contentes de voir que je connais des mots en swahili et Emmanuel me dit que je suis bienvenue ici dans le village. Des enfants jouent à certains endroits dans la forêt et je demande à Emmanuel pourquoi ils ne sont pas à l’école. Il m’explique que selon certains parents, l’école n’est pas nécessaire pour leurs enfants… C’est là que le rôle de Lusajo, l’enseignant qui travaille bénévolement dans l’église, est important. Lorsqu’il a terminé sa journée de travail, il se rend dans les familles et explique aux parents pourquoi il est important de permettre à leurs enfants d’aller à l’école. Lusajo parvient à recruter 1 nouvel élève chaque semaine. Il est 9 heures et le soleil chauffe déjà, les vaches sont allongées à l’ombre, nous nous frayons un passage entre elles pour continuer notre chemin ! Nous arrivons à l’église, Lusajo travaille avec les enfants. Je suis un peu intimidée car ce que je suis en train de vivre est unique. Je vais me retrouver face à des enfants et leur enseignant qui attendent beaucoup de moi et je réalise tout à coup que ce que j’ai mis en place en France depuis presque un an devient réel aujourd’hui. Je vais découvrir tous ces enfants que j’ai vu à travers les photos que m’ont envoyées Emma et Lusajo et… il n’y a pas de mots pour exprimer ce que je ressens… Nous entrons discrètement et je me présente à Lusajo que je ne connais pas encore mais avec qui j’ai communiqué assez souvent par messages. Les élèves découvrent la mzungu qui veut leur construire une école et ils ont le sourire jusqu’aux oreilles… Lusajo appelle les élèves un par un pour les présentations, ils sont tous intimidés, ils n’ont jamais vu de femme blanche. Ils se placent ensuite tous en rond, moi au milieu, et quelques élèves ont un papier dans leurs mains : « Bienvenue Sandrine », « Merci pour les cadeaux que tu nous apportes », « Nous avons besoin d’une école »…. que d’émotions… J’ouvre mon sac rempli de cadeaux, crayons, feutres, cahiers, ballons gonflables, bonbons…. Les enfants et Lusajo sont plus qu’heureux !Je regarde autour de moi et me rends compte dans quelles conditions Lusajo travaille avec ses élèves. Ils ont un toit, c’est certain, mais pour tout matériel ils ont les bancs de l’église et un tableau… Et pourtant, ces enfants ont envie d’apprendre et rejoignent chaque jour leur enseignant à l’église… Au nom de l’association MtotoSchool, nous avons acheté quelques fournitures scolaires, une planche avec les lettres de l’alphabet et des nombres, différents livres sur l’anatomie, les mathématiques, l’anglais, le swahili… ils n’avaient rien de tout ça… Les enfants sont un peu dissipés, ils sont tellement heureux des cadeaux qu’ils viennent de recevoir ! Lusajo décide alors de les regrouper et leur faire chanter une chanson qu’il a créé au nom de MtotoSchool. Quelle fierté dans les yeux des enfants lorsqu’ils me chantent leur chanson !

Nous nous mettons d’accord, Lusajo, Emmanuel et moi pour le lendemain. Nous devons prendre en photo chaque enfant et relever leurs informations personnelles pour leur trouver parrain/marraine qui les soutiendront pendant leur scolarité. Nous n’avons pas encore les moyens financiers de construire une école mais nous pouvons dès à présent aider les enfants à travailler dans des conditions raisonnables. Je retourne à la maison de la Mama avec Nelson et Emmanuel en milieu d’après-midi. Nous avons un peu faim car nous n’avons rien mangé depuis ce matin. Les femmes sont là, une qui confectionne un bracelet Massaï, une autre qui allaite son bébé, la Mama qui trie les légumes… Je vais saluer la Mama que je n’ai pas encore vue et Emmanuel me propose de le faire selon les rites Massaïs. Lorsque l’on dit bonjour à une personne plus âgée que soi nous devons nous approcher de cette personne en baissant la tête (ce qui est une forme de respect), la Mama pose sa main sur ma tête et me dit « Yeyoo », je lui réponds « Eoo », elle me dit alors « Takwenya » et moi « Iko » et elle éclate de rire ! Emmanuel me dit que sa maman est très contente que je la salue de cette manière ! Emmanuel parle de notre journée à l’église et les femmes écoutent avec attention, notre projet intéresse beaucoup les gens du village.

Il se met à pleuvoir, nous rentrons dans la maison de la Mama, les chèvres et les chiots aussi… ils se réchauffent auprès du feu ! Le soleil se couche et les autres membres de la famille rentre à tour de rôle. Je pense que c’est l’occasion de distribuer les cadeaux que j’ai apporté pour chacun d’eux.

J’ouvre mes valises et je sens l’excitation autour de moi… Une couverture polaire pour la Mama (eh oui, nous sommes en Afrique mais il lui arrive d’avoir froid à la saison des pluies !), des perles et accessoires pour fabriquer des bijoux, des téléphones portables que j’ai réussi à récupérer avant de partir, du savon, brosses à dents, quelques jeux pour Nelson, un album photo de mon premier séjour avec eux….

Emmanuel nous rejoint et nous en profitons pour mettre au point l’organisation du parrainage des enfants.

Les jours suivants, se ressemblent, nous faisons aussi Lusajo, Emmanuel et moi des allers-retours jusqu’à Morogoro pour régler les tâches administratives, ce qui nous prend beaucoup de temps entre le transport et les longues démarches…

J’ai tout de même réservé des journées tranquilles avec mes amis et nous sommes allés au « Massaï Market », l’endroit où les Massaïs se retrouvent pour vendre ou acheter du bétail, de la viande, des fruits et légumes, des vêtements, chaussures, perles, du tabac à priser… Nous avons mangé des brochettes de bananes cuites au feu avec des petits morceaux de viande (un délice), des chapatis….

J’ai offert un ballon de football aux Massaïs du village car ils ne pouvaient plus s’entraîner à leur sport favori !

J’ai rencontré une adorable petite fille albinos. Je pense qu’elle doit sentir qu’elle est différente car elle était toute intimidée avec les autres personnes. Je l’ai prise dans mes bras et elle touchait ma peau en ayant l’air de dire « Tiens ? Nous sommes pareilles ! ». Je tâcherai de lui apporter des lunettes de soleil et un chapeau la prochaine fois, elle a du mal à ouvrir ses yeux avec le soleil et son crâne a déjà des tâches… Comme c’est malheureux…

J’ai essayé de traire une vache… je n’allais quand même pas repartir sans le faire ! Toutes les Massaïs traient les vaches alors moi aussi ! Résultat, juste un fond de tasse, je ferai mieux la prochaine fois….

J’ai aussi assisté à une cérémonie religieuse où tous les membres du village étaient présents dans l’église, frissons lorsque les femmes Massaïs se sont mises à chanter toutes en même temps !…

Après cette soirée, je suis rentrée en pleine nuit à la maison avec la Mama, c’était la dernière avant mon départ pour Dar-Es-Salaam…

Je dois rentrer en France, ma famille m’attend.

Le lendemain matin, je bois ma dernière chope de lait… Nelson est à côté de moi, il ne me quitte pas d’une semelle… Il me parle en swahili, Emmanuel qui est à côté me dit « Nelson te demande si tu pars aujourd’hui ? ». Je réponds « Ndiyo » (oui). Emmanuel me dit que Nelson ne veut pas que je parte… moment très difficile pour tout le monde. Nous quittons la maison, tout le monde m’accompagne et Nelson prend ma main, il dit à Emmanuel qu’il part avec moi en Europe… Je n’imaginais pas qu’il puisse s’attacher à moi de cette manière, et inversement… Nous arrivons au niveau de la route et tous les amis Massaïs, ceux à qui j’ai acheté le ballon de foot, sont là pour me dire au revoir. Instants très difficiles mais que j’apprécie énormément. Je pense, à cet instant précis, à toutes les personnes qui m’ont mise en garde en sachant que je partais seule en Tanzanie… C’est cette image que je souhaite leur rapporter à mon retour, ce groupe de jeunes Massaïs m’entourant amicalement pour un dernier au revoir, je ne pouvais pas être plus en sécurité qu’avec eux…

Le bus arrive, au revoir tout le monde et à très bientôt…

En route pour la France et beaucoup d’espoir pour les enfants :

Je suis assise dans le bus et je repense à ces deux semaines passées. Je suis triste de quitter Sokoine mais contente car je vais retourner en France avec de nouvelles photos pour le projet de l’association et j’espère de tout coeur pouvoir sensibiliser du monde avec mon témoignage concernant les enfants.

Je sais que je vais devoir encore travailler énormément car ce n’est que le début, mais j’ai promis aux enfants, Lusajo et Emmanuel que je trouverai l’argent pour construire leur école.

A bientôt mes petits, vous aurez bientôt vos parrains, soyez-en sûrs et j’espère que lors de mon prochain séjour à Sokoine nous achèterons ensemble le terrain que nous convoitons pour établir notre école ..

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Sokoine – 2017

« Tu dois continuer de rêver, souhaiter de grandes choses et poursuivre tes objectifs, car personne ne le fera à ta place »

Un an de travail depuis mon séjour à Sokoine. Des évènements ont été organisés au profit de notre association qui nous ont permis d’acheter le terrain de l’école que je vais découvrir…

J’ai préparé pour les enfants des activités à partir de la méthode Montessori, ce sera une découverte pour eux. Ils vont avoir des stylos, feutres, crayons, gommes, taille-crayons, dons de différentes personnes. Je leur ai aussi prévu des jeux comme 1,2,3 soleil, le jeu du foulard…. Tant de choses à faire avec eux, je pense que ces 2 semaines vont encore passer à une allure folle.

Samedi 11 Février, je m’envole pour Sokoine, j’ai les larmes aux yeux à l’idée de retrouver mon petit Nelson, sa famille et les autres enfants. J’arrive dimanche après-midi à Dar es Salaam, le voyage est si long… Mais je suis contente de retrouver Emma à la sortie de l’aéroport. Je vais à l’hôtel pour me reposer et demain une nouvelle journée de voyage en bus m’attend.

Lundi 13 Février, il fait très chaud, plus que l’an dernier il me semble. Emma et moi prenons un taxi pour aller à la gare routière de Dar es Salaam. Une fois sortis du taxi, comme d’habitude, nous sommes encerclés par les porteurs de bagages. Emma négocie avec l’un d’eux et nous nous rendons jusqu’à notre bus. Il y a l’air climatisé, tellement bien ! Le bus démarre, j’ai vraiment hâte d’arriver à Sokoine. Nous arrivons à Morogoro et nous devons trouver un taxi qui nous amènera jusqu’au village. Il y a des monospaces qui pourraient faire l’affaire mais nous avons tellement hâte d’arriver que nous prenons un taxi qui sera plus rapide. Le taxi entre dans le village et nous dépose juste devant la maison de la famille de Emma. Nasra, la maman de mon filleul Nelson, vient vers moi, nous pleurons de joie de nous retrouver. Je découvre son bébé, Mesiah (elle était enceinte l’an dernier lorsque j’étais à Sokoine). A mon grand bonheur il ne pleure pas en voyant la mzungu ! Nelson n’est pas là, il est en train de jouer au loin. Les autres enfants vont le chercher, il arrive en courant et me saute dans les bras. Nous sommes tellement heureux de nous revoir… Tous les enfants qui sont à proximité tirent mes 2 grosses valises jusqu’à la maison de Nelson, là où je vais vivre pendant 2 semaines. Je suis heureuse de retrouver ma famille Massaï et mon chouchou Nelson. Les hommes ne sont pas beaucoup présents dans le village car la sécheresse les oblige à aller en forêt avec leur bétail pour leur trouver à manger. C’est une année très difficile, perte de vaches, peu d’eau, peu de nourriture… Triste à voir…

Mardi 14 Février, Jérémia, un des membres de la famille, mets mes 2 valises sur sa moto et les apporte jusqu’à la classe de Lusajo. Les enfants sont prêts, nous avons bu notre chai, nous partons à l’école. Je ne connais pas encore le trajet de la nouvelle classe donc je demande à Nelson « Wapi ? (où ?) ». « Hapa » (par ici) » en me montrant le chemin. Les femmes Massaï qui sont sorties de leur nyumbani (maison) me voient et je leur dis bonjour « jambo ! ». Elles sont contentes de me revoir apparemment ! Nous marchons, je me retourne et me rends compte que plusieurs enfants nous ont rejoint sur le chemin ! Un enfant prend ma bouteille d’eau pour m’aider, un autre mon sac. Tellement serviables ces enfants, je n’ai même pas besoin de leur demander quoi que ce soit… Ils veulent tous me donner la main, ce qui rend la marche difficile ! Je rencontre des jeunes filles qui se rendent à leur école, « shikamo » me disent-elles, je leur réponds « marahaba ». A L’époque, les plus jeunes, en signe de respect envers leurs aînés, les saluaient en leur baisant les pieds et en disant « shikamo ». L’aîné les remerciait en leur disant « marahaba ». Nous arrivons dans le petit local où Lusajo et les enfants travaillent. Lusajo et moi sommes contents de nous retrouver et les enfants tellement excités de revoir la mzungu ! Je reconnais les filleuls(es) et ils sont contents que je me souvienne de leur prénom. Je me rends compte que ce local est très petit, près de la route, difficile de travailler dans de bonnes conditions. Il est vraiment temps que nous leur construisions une grande classe. Mais pour l’instant c’est mieux que rien… Je m’asseois sur un banc au milieu des enfants et Lusajo continue à donner son cours. Les enfants n’ont d’yeux que pour moi, ils me touchent les bras, les cheveux, très intriguant pour eux cette peau blanche et ces cheveux longs ! Lusajo décide donc de leur donner récréation, pas moyen de travailler ! Nous amenons mes 2 grosses valises sur le terrain qui leur sert de cour et je déballe les fournitures que je leur ai apporté. Les enfants sont euphoriques, ils n’ont jamais vu de puzzle, autant de stylos, de cordes à sauter, d’activités pour dessiner et compter…. Je leur distribue aussi des ballons et des cookies que ma maman a confectionné spécialement pour eux. Distribution de brosses à dents et de dentifrices. Lusajo veut leur apprendre l’hygiène buccale entre autre. C’est la fête !

C’est l’heure du repas, une femme, qui habite juste à côté du local, cuisine chaque jour pour les enfants. Elle nous apporte une soupe de haricots, repas quotidien des enfants… lorsque les jours sont plus fructueux ils ont droit en plus à du riz ou de l’ugali. Leur alimentation n’est pas variée du tout. Ils sont maigres mais souriants malgré tout …Nous mangeons tous ensemble, les enfants assis sur une mkeka (paillasse), lusajo et moi sur un banc. Je n’ai pas encore terminé mon assiette et je vois Malaki qui s’approche de moi… Il a encore faim, je partage mon repas avec lui en faisant semblant de manger… La journée de classe se termine, j’aide Lusajo à nettoyer la classe qui est pleine de sable. Il me raccompagne car je ne connais pas encore bien le chemin qui me mènera à la maison de mon filleul. Je retrouve Nasra, Nelson et Mesiah et passe une bonne soirée avec eux. J’offre une petite boîte à musique à mon Nelson et un hochet à Mesiah. Ils sont contents.

Mercredi 15 février 6:00 du matin, les vaches se manifestent pour la traite. Pas besoin de mettre le réveil à Sokoine ! Nasra se lève et va directement dans l’enclos pour prélever le lait dans ses calebasses. Je me lève à mon tour, les enfants, Nelson et Mesiah, dorment encore. Je vais faire une toilette. Je retourne dans la maison, Nelson est réveillé ainsi que Mesiah. Nelson s’habille et je leur donne une banane, qu’ils partagent, pour bien démarrer la journée. Ils mangent rarement le matin… Nelson est aux anges, je lui donne à boire aussi. Ce n’est pas tous les jours qu’il boit de l’eau minérale, il boit plutôt l’eau de la rivière ou de pluie mais en ce moment c’est la sécheresse, difficile de trouver de l’eau… Donc Nelson boit bien souvent du chai. 7:15, il est l’heure d’aller à l’école. Il nous faut environ 15 minutes pour aller jusqu’à la classe. Le soleil brûle déjà de bon matin. Nelson me donne la main, il ne me lâche pas une seconde, il veut être tout le temps avec moi. Je m’installe avec les enfants et Lusajo les fait travailler. Aujourd’hui séance écriture. Les enfants m’apportent leur cahier à tour de rôle et m’appellent « mwalimu ». Ils ne m’appellent plus mzungu mais maîtresse maintenant ! Ils me demandent de corriger leurs lignes d’écriture.

Récréation : Nous allons derrière la classe, à l’ombre et je leur apprends le jeu de 1, 2, 3 soleil. Pas facile au départ mais après ils se sont régalés ! Heure du repas, soupe de haricots… Une fois leur repas terminé, les enfants retournent chez eux, Nelson veut rester avec moi car il sait que quand je travaille avec Lusajo je rentre tard à la maison et il ne me voit pas beaucoup. Mais aujourd’hui je dois rendre visite aux familles de nos filleuls(es) pour me présenter et prendre plus de renseignements sur les enfants et faire quelques photos. Nelson rentre à la maison en boudant… J’aimerai moi aussi rester avec lui mais je n’ai pas le choix. Lusajo et moi marchons dans le sable sous un soleil de plomb. J’utilise mon parapluie pour me protéger du soleil car ma peau est déjà brûlée. Nous arrivons chez la première famille et nous nous asseyons à l’ombre déjà épuisés… Je commence à parler aux parents, Lusajo fait la traduction. Je veux mettre les choses au clair, tout le monde pense que je suis riche. Donc je leur explique que ce n’est pas moi qui parraine tous les enfants, l’argent ne vient pas de moi mais de divers évènements que nous organisons en France et de quelques parrainages. Je leur explique que si j’étais riche je ne laisserai pas les enfants dans ce si petit local et que l’école serait déjà construite… Le message est bien passé. Les parents sont reconnaissants de ce que nous faisons pour leurs enfants et remercient les parrains-marraines. Sans notre aide, leurs enfants ne pourraient pas aller à l’école. La plupart des parents ne travaillent pas, la cause est bien souvent la maladie, un handicap… Ou bien ils travaillent mais les revenus ne sont pas suffisants. Ils sont ravis à l’idée que les parrains-marraines puissent venir leur rendre visite. Sachez que vous serez les bienvenus ! Nous continuons notre visite dans les familles, pour aujourd’hui nous nous arrêterons à la 5e famille, il fait trop chaud…Nous rentrons, la nuit tombe, les enfants jouent dehors. L’air est plus frais, ça fait du bien. Fatigués de leur journée, les enfants s’endorment plus tard dehors sur la mkeka. Ils ont attendu le repas mais n’ont pas pu lutter contre la fatigue… Nasra est en train de cuisiner. Je trouve ça triste car elle cuisine trop tard, les enfants sont épuisés et s’endorment avant le repas. Ils auraient besoin d’un repas supplémentaire dans la journée. Mais Nasra est tellement occupée dans la journée. Traite des vaches, s’occuper du bébé, aller chercher de l’eau à la rivière, laver la vaisselle, le linge…. une fois la nuit tombée elle cuisine… Elle utilise les épices que je lui ai amené (persillade et raz el hanout). Elle adore ce nouveau goût ! Les femmes Massaïs qui entre dans la maison disent que ça sent très bon.Nous nous couchons, nous sommes 4 dans un même lit, Nasra, Mesiah, Nelson et moi, parfois 5 quand un autre enfant nous rejoint. Dans la nuit j’entends du bruit dans la maison. C’est un chat qui cherche à manger. Il fait trop chaud dans la maison, impossible de dormir, je manque d’air…

Jeudi 16 Février, réveil par les vaches comme à l’accoutumée ! Même rituel, Nasra se lève, moi aussi, les enfants dorment encore. Je vais me préparer. Aujourd’hui je vais à Morogoro avec Lusajo pour acheter une grosse marmite pour cuisiner des pâtes pour les enfants, des gobelets et assiettes en plastique. Nous allons aussi acheter quelques légumes, chou, tomates, mini poivrons. Je veux offrir un repas varié aux petits… Lusajo en profitera pour acheter de nouveaux cahiers avec l’argent de MtotoSchool. Nous sommes chargés, fatigués par la chaleur et nous commençons à avoir faim. Lusajo me propose de prendre un dala dala et d’aller rendre visite à sa soeur qui vit à Morogoro. En Afrique les gens sont très accueillants. On peut arriver à n’importe quelle heure de la journée, ils nous offrent un repas avec un grand sourire… Soupe de haricots, riz et un peu de viande. Je remercie la soeur de Lusajo pour son accueil et nous reprenons un dala-dala pour retourner à la gare routière afin d’y trouver un taxi pour retourner à Sokoine.

Vendredi 17 Février, Nasra semble malade mais elle se lève tout de même pour la traite. Beaucoup de personnes sont malades ici, maux de tête, rhume et toux, les enfants aussi. Le temps se rafraîchit la nuit car la saison des pluies devrait commencer. J’ai eu la bonne idée d’apporter quelques médicaments, paracétamol, sirop pour les enfants et du thym pour tisanes et fumigation… Je donne une banane et un cake à Nelson et Mesiah. Je tiens à ce qu’ils mangent quelque chose le matin… Nelson me suit pour faire un brin de toilette, il apprécie de se débarbouiller avec la douche (pocket shower) que j’ai apporté. Je lui montre comment il doit se brosser les dents. Mesiah quant à lui, attend sagement sur le lit que sa maman vienne le chercher. Il est l’heure d’aller à l’école, Nemburissi part le ventre vide car elle s’est réveillée en retard… Nous arrivons à l’école, les enfants sont collés à moi. Ils aiment que je leur caresse la tête et que je leur fasse des bisous. Je pense que ça ne leur arrive pas tous les jours… Une petite fille, Moita, pleure. Je demande à Lusajo ce qu’il lui arrive, il me dit qu’elle a faim. Ca me fend le coeur de voir ça… Elle n’est pas la seule à venir le ventre vide à l’école. L’école est un moyen pour eux d’avoir au moins un repas dans la journée. Je me sens honteuse de ne pas pouvoir distribuer les bananes et gâteaux que j’ai à la maison mais je ne peux pas satisfaire tout le monde… J’aide tant bien que mal mon filleul et son frère mais impossible d’aider tous les enfants du village… Aujourd’hui activité puzzle, les enfants doivent retrouver la lettre qui correspond à un mot. Ils sont contents de travailler de façon ludique. Le problème est qu’il n’y a pas assez de place dans cette pièce pour travailler correctement. Nous avons 15 enfants parrainés mais Lusajo, qui a un grand coeur, ne peut s’empêcher d’accueillir beaucoup plus d’enfants… Nous nous mettons d’accord sur le fait qu’il est nécessaire de réduire le nombre d’élèves s’il veut leur offrir un enseignement de qualité et profiter du matériel que je leur ai apporté. Nous avons donc organisé une rencontre avec les parents des enfants en leur expliquant qu’il est préférable que les enfants non parrainés restent chez eux en attendant qu’on leur trouve un parrain ou une marraine car le but de MtotoSchool est d’offrir un enseignement de qualité aux enfants. Les parents comprennent très bien notre message et sont contents de voir que nous voulons le meilleur pour leurs enfants. Une fois la classe terminée nous rendons visite aux 10 autres familles, nous sommes fatigués mais contents d’avoir terminé notre travail. Nous croisons un Massaï, Franky, il me fait comprendre qu’il est enrhumé et a mal à la tête. Je lui apporte plus tard du thym et lui explique comment faire une tisane et une fumigation. Je lui donne du paracétamol. 2 jours après il vient me voir pour me remercier car il est guéri. Eh oui, j’ai fait l’infirmière aussi !!

Samedi 18 Février, grand nettoyage de la classe avec Lusajo. Je range correctement tous les accessoires et fournitures que j’ai apporté, stylos, feutres, crayons, ciseaux dans des bouteilles en plastique. Je confectionne des bouteilles sensorielles avec de l’eau, des perles, des paillettes, des plumes… J’ai installé une petite étagère en tissu pour y mettre les activités que j’ai créé. Une belle petite classe ! Maintenant repos, je profite un peu de ma famille Massaï et des enfants. J’ai besoin d’acheter de l’eau fraîche. Je pars donc à pieds avec Nelson, il me montre le chemin car je ne sais pas où se trouve la boutique. Nelson est fier de me guider. Nous marchons depuis 20 minutes et nous arrivons enfin à la boutique. Je prends mes 2 bouteilles d’eau bien fraîches et je demande à Nelson ce qu’il veut boire. Il a envie d’un soda bien frais. Nous nous asseyons pour déguster notre boisson, Nelson est content. Il aime être seul avec moi. Je commence à connaître plusieurs mots en swahili et nous commençons à communiquer plus facilement et ça c’est génial. J’espère que l’an prochain je serai capable de faire des phrases. Nelson a terminé son soda, nous repartons pour la maison. Un Massaï du village qui est en moto nous voit et nous propose de nous ramener. Nous voilà donc sur la moto, le Massaï, Nelson et moi ! Au bout de 5 minutes je me rends compte que Nelson me voit dans le rétroviseur et me fait des grimaces, il est heureux et ça me fait chaud au coeur. Nous arrivons à la maison, Nasra est occupée. Je lui propose de doucher les enfants avec ma pocket shower. Ils sont ravis ! C’est la première fois qu’ils se lavent de cette manière, ça les amuse énormément ! La nuit tombe et nous apprenons que Jérémia, un des membres de la famille a été mis en prison car ses vaches ont mangé le potager d’un fermier… Les membres de la famille doivent se cotiser pour indemniser le fermier. Jérémia sortira de prison le lendemain. Ce problème est courant, les fermiers empiètent de plus en plus sur le terrain pastoral et il est difficile pour les Massaïs de maîtriser le bétail… Le lendemain, même chose, le boy de la famille s’est fait battre par un fermier pour la même raison… J’utilise la crème arnica pour le soulager car sa jambe est enflée à cause des coups de bâtons. Il n’arrête pas de me dire « asante Sandrine » (merci). Dure la vie de Massaï… La sécheresse rend déjà la vie difficile pour que les vaches s’alimentent mais en plus de cela, ce peuple doivent faire attention aux plantations des fermiers… Une petite fille qui habite à côté de chez Nelson vient nous voir, c’est Moinan. Elle porte un bébé sur son dos. C’est une chose très courante, une fois l’école finie, les filles font le ménage, le repas pour la famille et s’occupent des enfants. Ce bébé est handicapé. Il a manqué d’oxygène à la naissance et a un pied sectionné… Quel malheur… Ce soir il fait très chaud, trop chaud. Les femmes ont prié pour que Dieu leur apporte la pluie. L’eau dans la rivière devient rare. Plus d’eau pour boire, pour la douche ou pour laver la vaisselle et linge. Les vaches ont piétiné le peu d’eau qu’il restait dans la rivière. Ça devient grave… Nous sommes allongées à l’ombre d’un arbre sur une mkeka (paillasse), Nelson me dit « maji », il veut de l’eau. Je vais chercher ma bouteille et il boit à n’en plus pouvoir… Je leur cuit des bananes trop mûres avec du sucre, ils se régalent.

Dimanche 19 Février, une belle journée s’annonce pour les élèves ! Nous allons leur préparer un bon repas.

7:30, préparation des légumes pour une cinquantaine d’enfants, riz pilau, pâtes, haricots et choux. Je trie le riz, ce qui prends un certain temps. C’est l’excitation pour les enfants mais aussi pour les gens du village. Ils demandent si eux aussi peuvent profiter du repas. Nous leur disons que s’il reste de la nourriture, ils pourront en manger. Mais d’abord les enfants…

12:30, préparation du repas terminée. Nous servons les enfants. Ils sont contents de manger des pâtes et des légumes. Je suis heureuse mais triste à la fois de voir tous ces enfants impatients de manger. Je réalise à quel point il est urgent de les aider… Je ne vois que des sourires autour de moi. C’est la fête pour eux ! Une fois le repas terminé, les enfants rentrent chez eux et racontent à leurs parents qu’ils ont mangé en grande quantité… Les Massaïs mangent dès que possible. Même si les enfants ont eu un gros repas, ils sont capables de manger à nouveau deux heures plus tard. Ils sont tellement en manque de nourriture qu’ils « stockent » au maximum. Ils sont heureux de voir leur ventre rebondi… Journée terminée, Lusajo et moi nettoyons la vaisselle et les déchets laissés par les enfants. Nous rentrons à la maison, Nasra est malade. Elle a mal de partout et à la poitrine. Elle pense que c’est la malaria… La nuit va tomber, j’aimerai laver les enfants. Lusajo m’aide en gardant le bébé dans ses bras et je vais avec les plus grands chercher de l’eau dans le bassin près de la maison. Les enfants descendent dans le bassin et commencent à prendre de l’eau dans les seaux. Je me rends compte que l’eau est boueuse et ne sent pas bon… Je dis aux enfants d’arrêter, il n’est pas question d’utiliser cette eau ! Je me sens désespérée tout à coup, Nasra malade, pas d’eau pour cuisiner, pas d’eau pour se laver… Mais pourquoi leur vie est si dure ???!!!! Ils ne méritent pas ça, personne ne mérite ça…. J’utilise mes lingettes pour rafraîchir les enfants et me mets à pleurer, c’est trop injuste… Lusajo me prie d’arrêter de pleurer. Il me dit que pour moi ce n’est pas normal mais ici, en Tanzanie, cette situation est normale… Je vais donner du paracétamol à Nasra et lui faire une tisane de thym. Je ne prendrais pas de douche ce soir, pourtant j’en rêvais après cette grosse journée… Je vais me coucher sans manger, pas le moral et fatiguée. Nasra est fiévreuse donc je préfère dormir dehors devant la maison sur une mkeka pour la laisser tranquille et ne pas être malade à mon tour. Elle peut avoir besoin de moi pour s’occuper des enfants.

Je dors donc à la belle étoile. Je n’ai jamais vu un ciel aussi étoilé. J’ai pu voir 3 étoiles filantes en une nuit ! Edward passe à la maison quelques instants pour repartir dans la forêt avec les vaches. Il me demande si je n’ai pas peur de dormir dehors toute seule. Non je n’ai pas peur, je me sens bien… Le tonnerre gronde cette nuit. Je me mets à espérer que la pluie tombe et je me dis qu’il serait bien de faire un puits à Sokoine pour tous les villageois…

Lundi 20 Février, Lusajo et moi allons à Morogoro pour finaliser les achats pour la classe. Avant de partir je prends mon shampoing et mon savon et je profite d’être en ville pour aller dans un guest house et prendre une bonne douche…

Mardi 21 Février, les enfants découvrent le nouvel agencement de la classe et les fournitures rangées dans le meuble. Ils sont heureux. Ils s’amusent avec les bouteilles sensorielles. Les paillettes brillent au soleil, c’est fascinant pour ces enfants ! Aujourd’hui Lusajo leur montre comment se laver les dents.

En quelques minutes un grand vent se lève sur Sokoine, le ciel devient menaçant et nous sentons la pluie arriver. Tout à coup c’est le déluge. Je sors sous la pluie et me frotte les bras et le visage encrassés par ce sable qui colle à la peau ! Quel bonheur ! haha ! Je n’ai jamais été aussi contente de voir la pluie !

Journée terminée, je rentre à la maison. Nasra va mieux. Elle a récupéré l’eau de pluie dans les seaux, ce soir douche ! Les enfants s’endorment tôt ce soir. Je cuisine des pâtes pour Nasra (elle en rêve). La pluie tombe à nouveau. Des Massaïs qui étaient aux alentours entrent dans la maison pour se protéger de la pluie, « hodi » disent-ils (je peux entrer ?), « karibu » répond Nasra (vous êtes les bienvenus). Et nous voilà une dizaine de personnes dans cette petite maison, attendant que la pluie cesse ! Nous partageons notre repas avec eux.

Mercredi 22 Février, nous allons découvrir notre terrain. Nous empruntons un petit chemin pour y aller. Nous passons devant un énorme baobab, lieu où les Massaïs se retrouvent pour leurs meetings. Nous arrivons sur notre terrain, il est gigantesque ! Je ne l’imaginais pas aussi grand. Les enfants sont heureux de découvrir l’endroit de leur future école, ils courent de partout ! Je pleure de joie, ce terrain représente beaucoup de travail, l’énergie que nous avons tous déployé pendant toute une année. Je pense aux membres de MtotoSchool mais aussi aux parrains-marraines, donateurs… Sans vous tous nous n’en serions pas là… Ce terrain attend maintenant son école et nous devons agir le plus rapidement possible. Retour à la maison. Je rejoins Nasra et les autres femmes Massaïs sur une mkeka pour me reposer. Nasra me propose un chai que j’accepte volontiers.

Préparation du chai : gingembre pilé dans de l’eau bouillante. Ajouter un sachet de thé dans cette eau. Une fois infusé, mélanger avec un peu de lait. Un délice !

Les enfants jouent à côté de nous. Une des femmes me montre le bout des doigts de la petite Nemburissi. Ils sont blancs et un peu fripés. Je lui dit qu’elle a sûrement joué un petit moment dans l’eau et voilà le résultat. En fait, ce n’est pas du tout ça…. Nasra m’explique que Nemburissi ne se lave pas les mains lorsqu’elle a fini de manger. Et la nuit, pendant son sommeil… les rats viennent lui grignoter le bout des doigts !… Les rats ???!!! J’ai cru que j’allais tourner de l’oeil ! Nasra me dit « oui tu ne les vois pas la nuit ? ». Non je ne les vois pas et j’espère ne pas les voir ! Je dis à Nasra qu’il faut qu’elle apprenne la propreté à Nemburissi, elle peut attraper des maladies à cause des rats…

Jeudi 23 Février, dernier jour avec mes petits watoto… Les enfants ne veulent pas que je parte et Nelson encore moins… J’ai écrit un petit mot à mon Nelson et je demande à Lusajo de lui traduire en swahili. Je veux lui expliquer que je ne l’abandonne pas, qu’il doit aller à l’école tous les jours pour avoir un bon niveau scolaire et plus tard pouvoir avoir un bon travail, s’acheter à manger, des médicaments, des vêtements et aider sa maman. Nous sommes tristes… Je me souviens d’une conversation avec Nasra qui me disait qu’elle serait d’accord si je voulais prendre Nelson avec moi. Je lui réponds qu’il n’est pas question que je lui prenne son fils ! Elle me dit que Nelson est assez grand et que si ça peut lui apporter une meilleure vie, pourquoi pas ? Je lui réponds que j’aiderai Nelson aussi bien que possible mais jamais je ne l’enlèverai de sa famille, même si j’adore mon filleul… C’est la fin de ma dernière journée à Sokoine, je joue une dernière fois avec les enfants. Je prépare ma valise. Une des valises a une roue cassée. Je décide de la donner à Nelson pour qu’il puisse y ranger ses habits. Nous trions son linge qui est mélangé avec celui de ses parents et le rangeons dans sa nouvelle valise. Il est très content et très fier. J’en profite pour y glisser un paquet de gâteaux et lui fait un clin d’oeil. Grand sourire de mon Nelson. Il pleut à nouveau au grand bonheur de tous. La saison des pluies démarre enfin. La rivière se remplit d’un coup et les enfants et moi sortons pour suivre le cour d’eau. Nous sommes contents de voir à nouveau toute cette eau… Je pars donc de Sokoine rassurée. La vie leur sera peut-être un peu plus douce pendant quelques mois…

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Février 2018

« Le chemin de la réussite n'est pas une ligne droite»

 

Mon récit de février 2018 :

Le voyage pour la Tanzanie approche à grand pas. Cette année, je ne pars pas seule. Cinq personnes vont m’accompagner, deux membres-marraines, un bénévole et deux parrains pour inaugurer notre 1ère classe et rencontrer les enfants ainsi que notre équipe de Sokoine et participer sur place à notre projet.

Préparation des valises… nous sommes limités en poids et le choix de ce que nous allons apporter est difficile car nous recevons beaucoup de dons (fournitures scolaires, peluches, jeux, ballons…). Nous emmenerons quelques 300 kilos pour les enfants et pour l’école.

Ce voyage va être une nouvelle expérience pour moi, je vais partager mon univers Massaï.

Nous sommes tous impatients de découvrir la classe que nous avons réussi à construire ainsi que l’environnement (mes accompagnants vont aussi découvrir le terrain que nous avons acheté).

Ces personnes vont rencontrer leurs filleuls (es), un grand moment en perspective….

Les enfants nous attendent avec impatience, ils savent que cette année il y aura beaucoup plus de « zawadi » (cadeaux) que d’habitude ! Les enfants qui vont rencontrer leur marraine – parrain sont très excités. Jacqueline et moi ferons aussi le relais pour certains enfants dont les parrains-marraines nous ont confié cadeaux ou autres messages.

Samedi 24 février : Nous décollons pour un long voyage. L’excitation est au maximum ! Nous arriverons demain en début d’après-midi à Dar es Salaam et ferons une halte à l’hôtel pour une nuit et reprendrons le voyage lundi matin en bus la majeure partie du temps.

Dimanche 25 février : Dar es Salaam et sa chaleur moite… Quel plaisir pour moi de me sentir ici… Après les formalités à la douane de l’aéroport nous allons au bureau de change. Nous retrouvons ensuite Emma et les deux taxis de l’hôtel où nous allons passer la nuit avant d’entamer notre voyage pour Sokoine. Nous chargeons tous les bagages dans un taxi et nous installons dans le deuxième. Durant le trajet, mes yeux sont rivés sur les abords de la route, rien ne doit m’échapper, la Tanzanie me manque tellement quand je suis en France… Les femmes avec leurs beaux habits colorés, les enfants qui nous regardent avec leurs grands yeux étonnés, cette vie si différente…

Nous arrivons à l’hôtel où nous sommes très bien reçus, comme d’habitude. Une bonne nuit de repos pour bien repartir demain matin !

Lundi 26 Février : Nous chargeons à nouveau nos bagages dans les deux taxis de l’hôtel pour aller à la gare routière de Dar es Salaam et prendre un bus pour nous rendre à Morogoro et ensuite deux taxis pour Sokoine. Un trajet qui va durer 6-7 heures… Dernier parcours avec le taxi, nous démarrons de Morogoro et les larmes me viennent en pensant aux enfants, à notre classe, je suis tellement impatiente d’être arrivée… Cela fait pratiquement un an que je suis l’évolution de la construction à partir de photos, vidéos et j’ai besoin d’être sur place pour réaliser le travail que nous avons accompli.

Avant d’aller au guest house, le taxi nous amène directement à l’école. Sur le passage, je montre aux personnes qui m’accompagnent, l’ancien local où les enfants étaient l’an dernier et tout le monde réalise combien ce local était petit pour tous les enfants….

Nous arrivons à l’école, le bleu des façades se fond avec ce beau ciel de Tanzanie, un gigantesque baobab domine notre école, que c’est beau… Il n’y a personne dehors juste le grand silence de l’émotion, les enfants sont dans la classe. Je ne peux plus attendre et entre dans la classe. Mes accompagnants comprennent que je peux avoir ce privilège d’être la première à entrer dans notre classe. Les enfants travaillent avec Lusajo et Ritah. Je les regarde et me mets à pleurer, en retour ils m’envoient des baisers et m’appellent « Sandrine ! Sandrine ! ». Mon filleul, Nelson, fait le timide mais affiche un grand sourire, un an que nous attendons de nous revoir…. Je sors de la classe et invite tout le monde à entrer dans la classe. Ils sont aussi intimidés que les enfants. Très émouvant de se retrouver face à tous ces petits, les yeux grands écarquillés, qui étaient si impatients de nous rencontrer. Chaque personne se présente aux enfants et ceux-ci entament une chanson de bienvenue.

Chaque parrain marraine communique ensuite avec son filleul avec l’aide de Lusajo. Les filleuls sont intimidés, pour certains c’est la première fois qu’ils voient des mzungu.

Nous sortons tous ensemble de la classe pour une récréation sur notre grand terrain arboré et nous familiariser avec les enfants. Des enfants non scolarisés viennent également à notre rencontre ainsi que des Massaïs. Je visite le bureau, les sanitaires. Ça fait du bien d’être sur place et de voir l’aboutissement de tant d’efforts… Le réservoir d’eau que nous avons installé est un pur bonheur pour les enfants, ils peuvent boire à volonté. Le petit coin cuisine que notre équipe de Sokoine a installé est bien pratique, il faudra peut-être ajouter un toit de tôle pour la saison des pluies… Je me mets en retrait et regarde tous ces enfants qui ont l’air si heureux ici. Notre école est jolie près du baobab. Je suis satisfaite de ce que l’on a réussi à faire. 

Il est tard, nous sommes fatigués de notre voyage, nous allons donc au guest house, qui se situe à 10 minutes de Sokoine, pour y déposer le reste de nos bagages et allons dans un petit restaurant pour manger au son d’une musique africaine.  

Mardi 27 Février : Il est 6:30, Edward vient me chercher en moto pour que j’aille dire bonjour à sa famille avant d’aller à l’école. Je suis tellement contente de revoir Mama que je n’ai pas vue l’an dernier ! Nelson, mon filleul, est ravi que je sois là de bon matin, d’autant plus que j’ai apporté des bananes et mandazi (beignets) pour le petit déjeuner. Les enfants mangent et Mesiah, petit frère de Nelson, pleure car il a peur de la mzungu, il ne se rappelle pas de moi, il était encore bébé l’an dernier…

Il est 7:15, l’heure d’aller à l’école. Nous partons tous ensemble comme d’habitude et les enfants se chamaillent pour me donner la main.

Les enfants entrent en classe pour travailler. Jacqueline et moi ouvrons les valises pour trier le matériel qui a été collecté. Edward est admiratif devant tant de cadeaux. 

9:30, c’est l’heure du petit déjeuner pour les petitous. Edward a préparé le porridge. Chaque enfant prend son gobelet et la cuisinière leur sert leur repas.

Ils sortent ensuite dans la cour et nous leur donnons un des ballons de foot qui nous ont été offerts. Les Massaïs adorent le foot, imaginez donc leur joie lorsqu’ils voient le ballon !

Emma arrive avec une petite camionnette qui nous livre nos vivres pour 5 jours (fruits, légumes, pain, confiture, riz, pâtes, bouteilles d’eau, et une natte…). Nous partagerons, bien entendu et comme convenu, notre repas avec les cuisinières et notre équipe de Sokoine qui sont soucieux de nous accueillir dans les meilleurs conditions possibles. 

10:30, notre petit déjeuner est prêt. Chai (lait + thé + sucre + gingembre) avec des tartines de pain à la margarine et confiture, des bananes plantain frites, des bananes (fruit) et de l’ananas. Que demander de plus ! Nous mangeons dans le bureau et de temps en temps nous voyons des petites têtes curieuses dans l’entrebâillement de la porte ! 

La classe étant libre, nous commençons à installer les fournitures scolaires, accrocher les décorations sur les murs, un dessin d’une petite fille qui a voulu faire plaisir aux élèves, des peluches récoltées par une école, les livres de Marie Tibi… C’est Noël avant l’heure à Sokoine !

Nous partons ensuite visiter quelques familles d’enfants parrainés. Les parents sont heureux de rencontrer les parrains et marraines et les remercient chaleureusement pour leur aide. Nous sommes parfois invités à rester manger chez eux.

Fin de journée, Edward nous ramène, Jacqueline et moi, au guest house en moto. A trois sur la moto, cheveux aux vents, haha ! Quelle aventure ! Edward a besoin de faire le plein de sa moto. Mais je n’ai pas vu de station essence par ici…. Edward s’arrête au bord de la route, un homme est là, à côté de lui une étagère avec plusieurs bouteilles d’eau minérale remplies d’essence ! Eh oui ! Hors de la ville le plein se fait avec de petites bouteilles d’eau minérale car il n’y a pas de station essence ! Ah l’Afrique… j’adore ! Pour information, le prix au litre est de 93 cts… Ce qui est assez cher pour la population rurale dont le salaire moyen est de 80€… Le carburant est acheté au compte goutte, juste pour les kilomètres à effectuer.

Mercredi 28 Février : Edward vient à nouveau me chercher à 6:30 car je veux apporter des cadeaux à ma famille Massaï. Nasra est contente car je lui ai apporté des épices, des broches pour attacher ses shukas (tissu massaï). Nelson et Mesiah reçoivent des vêtements, couvertures et autres surprises…

Je rencontre une maman d’un de nos filleuls qui est fière de me montrer le mouton qu’elle a pu acheter avec le don de la marraine de son fils. Les parents sont très reconnaissants de l’aide que nous apportons à leurs enfants.

En fin de matinée, nous sommes quelques-uns du groupe à aller à Morogoro. Il faut que j’achète les cadeaux que m’ont commandé quelques parrains et marraines. Nous en profitons pour nous promener un peu et je découvre les quartiers chics de Morogoro, quartiers des mzungus. Très bel endroit. J’ai aperçu des femmes qui façonnaient de la terre. Emma me dit qu’il s’agit du kaolin, une roche calcaire très consommée par les femmes africaines, surtout lorsqu’elles sont enceintes (apport en fer, calcium…).

Jeudi 1 Mars : Aujourd’hui il pleut, nous sommes déçues car nous avions, Jacqueline et moi, prévu des jeux à l’extérieur… Nous restons donc dans la classe et distribuons aux enfants des petits savons que la savonnerie Rampal de Salon nous a gentiment offert, des ballons gonflables, des peluches que nous avons rapportées (merci Audrey et Anne-Marie). Les enfants sont tellement excités d’avoir ces peluches dans leur classe et rient aux éclats ! Ils sont aussi très heureux de rester en classe, c’est une forme de récréation car nous les laissons s’exprimer au tableau, dessiner, chanter, danser. Jacqueline aime observer les petits écoliers, certains ont sans doute déjà quelques vocations !

Petite réunion avec Emma et Edward (Emma, président de Mtoto School Support Group et Edward membre). Ils me soumettent les besoins les plus urgents pour l’école : mettre des fenêtres au bureau et à la classe pour protéger l’intérieur des intempéries et des regards, clôturer l’école pour éviter les va-et-vient incessants (vaches, chèvres et petits curieux…) et poser l’électricité. Nous optons pour l’électricité, qui entre dans nos tarifs. Nous allons donc acheter un panneau solaire avec une batterie qui alimentera le bureau, la classe et les sanitaires. Quelques Massaïs participent à l’installation de l’électricité, ainsi que les enfants le deuxième jour ! Jacqueline et moi rebouchons la tranchée qui a été faite jusqu’aux sanitaires et les enfants nous aident à damer la terre qui rebouche cette tranchée. Me voilà donc avec les enfants, en file indienne, en train de taper des pieds pour damer la terre ! Nous les récompensons en leur donnant une sucette ! Nous aidons l’artisan à poser les lumières et le travail se fait rapidement. En cet fin d’après-midi il y a beaucoup de monde sur le terrain, une belle ambiance y règne. La nuit tombe et tout à coup… la lumière fût !!!

Nous sommes heureux de voir notre école éclairée en pleine nuit. Maintenant Emma et Edward sont rassurés car l’école sera un peu plus en sécurité la nuit. Nous avons un Massaï qui surveille l’école la nuit pour éviter les vols et destructions et Edward le relaie quelques jours dans la semaine.

Vendredi 2 Mars : Une nouvelle journée à l’école commence sous un beau soleil. Il va faire chaud aujourd’hui… Nous avons apporté des activités ludiques pour les enfants (puzzles avec chiffres, lettres, cubes, livres…). Jacqueline et moi montrons à Ritah et Lusajo qu’il est possible de faire travailler tous les enfants en même temps (petite section, moyenne section et grande section). Lorsque les grands font des calculs sur leur cahier, les petits peuvent travailler en groupe sur le tapis avec les bouliers et puzzles avec les chiffres. Les petits sont ravis de travailler de façon ludique et ils comprennent vite !

C’est l’heure du breakfast ! Les enfants sortent leur timbale pour manger leur porridge. Ensuite jeux extérieurs… Marrelle, cloche pieds, bulles de savon, foot pour les garçons.

En début d’après-midi, nous partons, Lusajo, Jacqueline et moi, visiter quelques familles. Vous souvenez-vous du pasteur de Sokoine ?? Cet homme qui a exclu Lusajo et les enfants de son église par jalousie ?… Eh bien, à ma grande surprise, je découvre qu’une des filleules est la petite fille du pasteur ! Incroyable… Lusajo me sourit et me dit que l’équipe de Sokoine préférait que j’apprenne cette nouvelle sur place, craignant une réaction négative de ma part. Il n’y a aucun soucis pour moi, cette petite fille est si attachante et malgré tous les déboires engendrés à cause de cette exclusion je tiens à montrer au pasteur que nous ne sommes pas rancuniers et que tout enfant est le bienvenu chez MtotoSchool. Je pense qu’il n’était pas très fier lorsque je suis arrivée chez lui ! Tout s’est bien passé entre nous et la petitoune était très contente des cadeaux offerts par son parrain et sa marraine.

Au retour, nous passons chez mon Nelson car Jacqueline souhaite commander des bijoux à la Mama. J’en profite pour lui faire visiter mon petit paradis, si paisible. Elle comprend et partage ce que je ressens lorsque je suis ici… Les vaches, les chèvres, les poules, les enfants et aucun bruit…

Nous retournons à l’école, nous avons encore du temps devant nous. Nous décidons toutes les deux de nettoyer le terrain. Il y a des bouteilles et sachets plastiques dans les branchages. Au boulot, sous un soleil de plomb !… Nous faisons un tas de déchets et brûlons le tout une fois notre travail terminé. Les enfants sont tous là et nous en profitons pour leur faire comprendre qu’il ne faut pas jeter n’importe quoi sur le terrain, nous leur montrons donc l’endroit où il faudra déposer les déchets. Nous les observons par la suite et nous voyons qu’ils vont d’eux-même jeter les déchets à l’endroit prévu. Pourvu que ça dure !!!…

Samedi 3 Mars : C’est le jour du Massaï Market. Il se situe à quelques kilomètres de Sokoine. C’est un très grand marché où l’on trouve de tout. Shuka (tissus Massaïs aux couleurs éclatantes), perles, bijoux, couteaux, tabac à priser, vêtements, légumes, fruits, viande… Nous nous promenons dans le marché et en profitons, Jacqueline et moi, pour acheter l’artisanat local que nous partagerons en France. Nous suivons ensuite Emma pour prendre notre repas. Nous nous installons sous une petite cabane végétale, on nous apporte une bonne pièce de boeuf sur un feuillage que les Massaïs découpent en fines tranches avec leur couteau. C’est un délice ! Une fois notre repas terminé, une femme passe avec un seau rempli de miel. Dans le seau il y a encore les abeilles et les alvéoles, rien de plus naturel ! Nous goûtons le miel et sommes conquises, Jacqueline et moi, et en achetons.

Nous nous rendons ensuite à l’endroit où les Massaïs vendent leurs bétails. Un terrain immense, avec des vaches et des chèvres à perte de vue. 

Dimanche 4 Mars : Jour de repos. Je vais enfin passer une journée entière chez mon chouchou ! Jacqueline va chercher sa filleule et me rejoint chez Nelson pour que l’on passe la journée ensemble. Nous avons apporté des bananes, des biscuits et chapatis. 

Beaucoup d’enfants nous rejoignent pour profiter de notre présence.

Jacqueline a apporté du papier et des feutres et nous installons les enfants sur une natte pour qu’ils dessinent. Ils adorent ça. Ce n’est pas tous les jours qu’ils ont le loisir de dessiner… Besoin de se défouler après ce moment tranquille, nous sortons les raquettes et ballons. Tous les enfants jouent et c’est le bonheur chez Nelson. Jacqueline apprend aux filles comment jouer à la marelle.

Les chèvres commencent à s’agiter, il est l’heure pour elles d’aller dans la forêt pour manger. Les femmes séparent les petits de leurs mamans pour les garder en sécurité à la maison. Les chevreaux bêlent à n’en plus finir en voyant leurs mamans partir… Nasra prépare le repas, des pâtes avec des légumes et elle choisit une belle poule pour nous. L’an dernier je lui avais acheté 3 poules et cette année elle est fière de me montrer toutes les poules qu’elle a (une vingtaine) ainsi que les oeufs. Je suis contente et fière d’elle. Je réalise combien mon aide pour mon filleul leur est précieuse… Les enfants se régalent des pâtes, ce n’est pas tous les jours qu’ils en mangent…

La nuit tombe, nous devons ramener Nashumu chez elle et retourner à l’école pour retrouver notre taxi, Edward.

Lundi 5 Mars : Aujourd’hui nous avons envie de mélanger du chocolat venant des Antilles dans le porridge des enfants. Ils n’aiment pas vraiment car le chocolat est pur et dépourvu en sucre… Nous ferons mieux la prochaine fois ! Par la suite nous commanderons du lait pour faire déguster un bon chocolat chaud bien sucré.

Une fois que les enfants jouent à l’extérieur, j’en profite pour balayer la classe et ranger correctement les fournitures à leur place. 

Mardi 6 Mars : Aujourd’hui, journée festive ! Nous avons prévu de faire de la purée et des pop corns à nos petitous ! Emma demandent aux enfants de se mettre en file indienne pour la distribution des pop corn. Asante ! Asante ! (merci ! merci !). Ils adorent, ils ont une petite moustache de sucre et en redemande encore et encore !

Jacqueline et moi leur avons prévu des jeux collectifs, colin maillard, course de sacs, foot… Les enfants sont insatiables, ils veulent jouer, jouer et encore jouer malgré la chaleur ! 

Mercredi 7 Mars : Nous avons organisé une fête Massaï . Cette cérémonie consiste en premier lieu à tuer une chèvre pour notre repas. Nous assistons au rituel. La chèvre est pendue pour que la viande soit la plus tendre possible. Ensuite les Massaïs la dépèce et retirent les organes un à un, délicatement. Cela prend beaucoup de temps. Tout est fait proprement sur un lit de feuilles. Aucun organe n’est jeté. Tout est utilisé. Il est bien connu que les Massaïs boivent du sang… Je suis curieuse de tout et je me dis que je ne dois pas mourir bête !… Donc j’accepte de goûter une gorgée de sang ! A ma grande surprise ce n’est pas si mauvais que ça. Ça a plutôt le goût du foie et c’est épais, le goût reste en bouche pendant un certain temps même en ayant bu de l’eau tout de suite après. Je goûte aussi 2 petits morceaux de foie cru, très bon ! Les hommes et la Mama sont très heureux et me disent que maintenant je suis une pure Massaï. Vous pouvez imaginer mon émotion…  

Une fois que la viande est prête, un Massaï prépare la cuisson. La viande est piquée sur des bâtons dans la terre au dessus du feu et va cuire lentement pendant quelques heures. 

Les hommes mangent à quelques mètres de nous, ils ont pour habitude de manger entre eux.

Nous sommes assis sur une natte, sous le baobab vieux de 400 ans. Cet arbre est le lieu où les Massaïs se réunissent pour parler ou débattre sur différents sujets. Nous mangeons la viande qui est un délice. Quelques hommes passent près de nous et je fais la remarque à Emma qu’ils ont l’odeur du lait car ils en boivent énormément. Nous demandons ce que les Massaïs sentent lorsqu’ils sont prêt de nous. Ils sentent un doux parfum huilé et ils aiment bien. De nouveaux Massaïs arrivent au loin pour participer à la fête. Leur démarche lente et majestueuse, comparable à celle des girafes, nous laisse sans voix.

Quelques hommes s’agitent, la fête va commencer. Ils se suivent en file indienne et ils m’invitent à y participer. La mama me met un collier de perles, je les suis. Ils se mettent à pousser des cris rauques, les femmes chantent d’une voix aigüe, quelles sensations ! Inexplicable… Je réalise à ce moment-là que j’ai la chance de vivre un moment très particulier. Les 2 fils du chef Massaï, qui nous a malheureusement quittés il y a plus d’un an, sont en tête de la file indienne et dirigent toute la troupe. Ils se mettent ensuite en cercle, Jacqueline et moi faisons partie de la cérémonie et dansons avec eux. Génial !  Moment inoubliable. Ces voix et ces grands hommes sautant devant nous, c’était mon rêve et je remercie mes amis Massaïs pour nous avoir fait vivre ce moment si particulier.

Jeudi 8 Mars : Le temps passe trop vite, nous repartons demain… Chacun d’entre nous essaie de passer le plus de temps possible avec les enfants. Je passe aussi un moment sur une natte sous le baobab avec la Mama et Emma et nous parlons de nos différences culturelles. Les Africains ont du mal à comprendre les comportements individualistes des Européens. Pourquoi ne sommes-nous pas libres d’entrer chez quelqu’un sans y être invités ? Pourquoi seulement notre famille et amis proches sont conviés lors de cérémonies et pas les habitants de notre village ? Pour eux, le partage est une chose normale. Tout le monde est soudé… N’importe qui sera le bienvenu dans leur maison et un repas lui sera servi même s’il n’y en a pas assez pour tout le monde. Il y a un gouffre entre nos 2 cultures, c’est certain. Et pour être capable d’accepter cette différence, sans jugement, il faut avoir un esprit ouvert. Certains ont un complexe de supériorité, injustifié, virant à la paranoïa, d’où la haine de ce qui est différent. L’Afrique est telle qu’elle est, pauvre mais accueillante par-dessous tout. On aime l’Afrique ou on ne l’aime pas. Lorsque l’on vient en Afrique on se prépare en amont, on se renseigne sur les us et coutumes du peuple qui va nous recevoir pour les comprendre et les intégrer…

Vendredi Mars : Dernière matinée à  l’école avant de repartir pour Dar es Salaam. Nous retournons à l’école et essayons de profiter au maximum des dernières heures avec les enfants… Nous leur distribuons des chamallows qu’ils ne connaissaient pas. Ils en raffolent. Le temps passe vite, Emma doit sceller la cloche dans le bureau avant que l’on parte, j’y tiens… Il la fait retentir, c’est pour nous le moment de nous dire au revoir. Les adultes versent leurs larmes, nous nous embrassons, l’émotion est très forte, des liens se sont tissés, difficile de monter dans le taxi et de partir. Mon chouchou se tient en retrait contre un arbre, nous nous regardons jusqu’à n’en plus finir… Je lui ai promis que je reviendrai très vite…

 

Petit clin d’oeil à Lillian Robinson, rencontrée à Dar es Salaam et qui nous a permis d’utiliser une de ses chansons pour notre vidéo.

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Août 2018

« Aucun de nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès »

Paul Eluard

Second séjour de l’année en Tanzanie pour moi. Je rejoins cette fois-ci l’équipe de l’association Un Mo D’où Tanzanie à Dar es Salaam pour travailler sur notre projet commun : la construction de notre 2nde classe à Sokoine. Cela fait un an que nous travaillons ensemble sur ce projet et que Un Mo D’où lève les fonds nécessaires pour réaliser cette construction. J’ai tellement hâte de les rencontrer !

Après un voyage assez laborieux pour Un Mo D’où et moi-même (problèmes de vols), nous nous retrouvons dimanche 29 Juillet à Dar es Salaam, heureux d’être enfin sur la terre Tanzanienne.

Lundi 30 Juillet : Une fois le petit déjeuner pris, nous sommes prêts pour faire notre voyage jusqu’à Sokoine. Nous nous rendons à la gare routière de Dar es Salaam accompagnés de Edward et de Saitoti pour prendre un bus. Le voyage sera long mais nous passons notre temps à regarder les paysages, les habitants et à dormir… Petite halte à Chalinze pour manger rapidement, frites et viande feront bien l’affaire.

Nous redémarrons, la fin du voyage arrive. Le bus nous arrête à l’entrée du village, juste devant le local où les enfants travaillaient avant que l’on ait notre première classe. L’équipe Un Mo D’où réalise combien cet emplacement était petit…

Des amis Massaïs nous attendent pour transporter nos 19 valises sur leurs motos jusqu’à l’école.

Zeliha, Shakir, Aylin, Lilian, Inès, Etienne, Cécile, François et moi-même partons à pieds et empruntons le chemin de l’école. Nous passons devant le lac où tous les villageois viennent se baigner, où les vaches viennent boire… De nombreux allers-retours se feront de l’école jusqu’au lac pour prendre de l’eau pour faire le ciment… Sur le trajet, je retrouve des amis et leur dis bonjour, quel plaisir de se retrouver. Nous marchons encore quelques mètres et j’aperçois au loin mon Nelson et Abi, sa cousine. Ils accourent jusqu’à nous et me sautent dans les bras. Je ne peux pas m’empêcher de verser une larme… Les enfants disent bonjour à toute l’équipe et Nasra, maman de Nelson et cuisinière de MtotoSchool, vient également à notre rencontre.

Nous sommes tous émus de voir notre seconde classe sortie de terre. Elle est comme prévu. Les artisans nous ont attendus pour continuer la construction. Cétait l’accord entre Un Mo D’où et MtotoSchool. Un mo d’où lève des fonds pour financer différents projets dans le monde et souhaite également participer aux constructions.

Nous disons bonjour à tous les enfants de l’école et du village qui nous attendaient avec impatience. Un bel accueil pour une équipe en or ! Les enfants reçoivent des ballons gonflables, certains se trouvent déjà dans les bras des grands, tellement besoin d’affection, d’autres jouent au foot, les filles chantent et dansent avec nous. Nous terminons notre soirée autour d’une table dans la nouvelle cuisine MtotoSchool. La cuisine et le coin repas ont pu être construits avec l’aide du Rotary Club de Martigues et deux écoles, Saint Michel de Mallemort et Jeanne d’Arc de Lambesc et nous les en remercions vivement. Nasra nous a préparé un bon petit plat. Des Massaïs viennent nous voir, la sympathie de notre équipe les attire et nous passons une bonne soirée à faire connaissance et à plaisanter.

Mardi 31 Juillet : De bon matin les travaux commencent pour toute l’équipe, nous faisons une chaîne humaine pour déplacer les briques aux quatre coins de la classe pour gagner du temps et faciliter le travail des artisans. Des vaches et des chèvres viennent paître sur le terrain de l’école, les jeunes bergers nous regardent travailler. Les enfants sont prêts à entrer en classe avec Ericy, chantant leur hymne MtotoSchool. Des amis Massaïs sont présents, ils sont curieux de rencontrer ces nouveaux mzungu qui sont là pour aider leurs enfants et nous prêtent main forte ! Nous travaillons au rythme de musiques Tanzaniennes, super ambiance ! L’équipe se relaie pour aller chercher de l’eau au lac pour préparer le ciment. Les artisans apprécient notre coopération. Leur travail est facilité. Pendant ce temps Nasra prépare le porridge pour les enfants, il en faut une certaine quantité pour tous. Aujourd’hui ils auront du pain en plus du porridge. Nous sommes conscients que le porridge n’est pas suffisant, nous travaillons sur ce sujet pour qu’ils aient un repas digne de ce nom…  Les enfants sortent de classe, excités à l’idée  de venir dire bonjour à tout le monde ! Des affinités se tissent, certains ont déjà jeté leur dévolu sur telle ou telle personne et sautent à leur cou… Ils se dirigent ensuite vers la cuisine, se lavent les mains, s’assoient et attendent la distribution de pain et porridge. Ils apprécient énormément cet endroit. Nasra aussi se sent bien ici, nous avons beaucoup plus de vaisselle maintenant et nous avons de quoi entreposer la nourriture. Nous envisageons de faire des étagères pour bien organiser ce coin cuisine. Une fois leur repas terminé, les enfants se lavent les mains et courent sur le terrain de l’école. Certains vont demander un ballon à Ericy pour jouer au foot, bien sûr ! D’autres jouent dans le sable près de la construction et jettent un oeil sur ce que nous faisons. Les enfants sont heureux ici, ça saute aux yeux ! Leur comportement a changé depuis un an, ils sont épanouis. Cela fait plaisir à voir… Les enfants les plus réticents viennent désormais vers moi, ils commencent à s’habituer à ma présence. Certains commencent à se faire remarquer… Matunda pour son espièglerie, Nelson pour son grand sourire, Iqram pour son besoin de câlins, Abi pour sa sensibilité… chaque enfant a ses qualités que nous apprécions tous. Des garçons veulent participer au ciment, ils prennent une pelle et hop au boulot ! Toute l’équipe écoute les instructions des artisans, en particulier celles de Mbuta, très bon artisan et très rapide dans son travail. Nous utilisons du ciment pour reboucher les trous entre les briques. Le travail se fait très vite à nous tous. Nous formons une belle équipe !

Mercredi 1 août : Le travail sur le chantier se poursuit. De mon côté je m’organise pour faire plaisir à mes petitous. Aujourd’hui j’ai prévu de  leur préparer de la graine de couscous et des pop corn. J’espère qu’ils vont aimer. Les enfants sortent de classe et viennent à la cuisine. Nasra et moi leur servons leur repas… ils se régalent ! Que c’est bon de voir leurs yeux remplis de satisfaction. Quand je vois ces petites bouilles avec de la nourriture au coin de la bouche et les yeux rieurs ! Il n’y a rien de mieux pour nous satisfaire, telle est notre récompense.

Une journée bien remplie se termine. Après avoir pris notre douche, nous allons manger. A la fin du repas, Edward et Emma nous proposent d’aller dans la forêt avoisinante pour assister à la célébration d’un mariage. Nous sommes ravis ! Un de leurs amis vient donc nous chercher en voiture et nous partons en pleine nuit vers la forêt. La voiture nous arrête et nous devons continuer le chemin à pied munis de nos lampes. Après quelques mètres nous commençons à entendre des chants Massaïs, frissons ! Nous arrivons sur place, difficile de distinguer les visages, il y a juste une lampe torche accrochée dans l’arbre surplombant la célébration. Les Massaïs ont formé un cercle. Les femmes d’un côté et les hommes de l’autre. Les femmes chantent avec leurs voix aigües et les hommes de leur voix graves, caverneuses, puis sautent au milieu du cercle. Nous sommes un peu sur notre réserve, personne ne veut déranger cette célébration. Les Massaïs nous invitent à entrer dans leur ronde. Il n’y a que des jeunes personnes, les mariés sont absents. Les jeunes-filles Massaïs  veulent faire connaissance et nous demandent nos prénoms. Elles sont intriguées de voir des peaux blanches, des cheveux longs… Elles sont parées de magnifiques bijoux qui tintent au moindre mouvement. Les hommes de l’équipe Un Mo D’où participent à la danse. C’est une très belle soirée qui nous transporte hors du temps… La célébration se termine, quelques Massaïs viennent nous remercier pour notre présence et nous les remercions en retour. Nous retournons à notre voiture, ravis de cette soirée.

Jeudi 2 août : Aujourd’hui nous devons aller à Morogoro pour acheter des matériaux pour la toiture mais avant de partir l’équipe UMD tient à distribuer des chamallows aux petits à la fin de leur repas. Les enfants adorent ça ! Nous partons pour Morogoro, certains vont faire des achats personnels, Zeliha, Etienne, Emma et moi-même allons acheter la tôle et le bois nécessaires pour préparer la toiture de la classe. Le moindre déplacement que nous faisons en véhicule pour aller d’un magasin à un autre pour acheter les matériaux nous prends un temps fou… Nous rentrons en fin d’après-midi au village.

Vendredi 3 août : Aujourd’hui je suis seule, l’équipe UN MO D’où profite de cette journée où les artisans n’ont pas besoin de notre aide pour aller faire un safari d’une journée. Repos bien mérité ! Les artisans font les consolidations avant de poser la toiture. De mon côté je nettoie les murs intérieurs de la 1ère classe. Des petites mains cracras se sont posées dessus et certains petitous n’ont pas compris qu’il fallait écrire sur le cahier et non sur le mur ! Haha ! Abi et Kimeni, me voyant au travail, viennent m’aider, ils sont très efficaces. Le lendemain, Ericy montre aux enfants que les murs sont propres et leur explique que 2 élèves ont participé au nettoyage… interdit désormais de salir les murs !

Je vais ensuite aider Nasra à laver la vaisselle. Une petite fille, âgée de 8 ans environ, du nom de Deborah, s’approche de moi et me fait un grand sourire. Elle me contemple, je crois que je lui plais ! Elle prend mon éponge et se met à laver la vaisselle ! Incroyable… je suis vraiment dans un autre monde… Le comportement des enfants est si différent ici, ils sont si responsables…

Je profite de cette journée repos pour offrir quelques cadeaux à mon Nelson, son frère, cousine et cousin. Ils découvrent les clipo – jeu de construction. Je n’aurai jamais cru qu’ils seraient si emballés par ce jeu, ils passent tout l’après-midi à construire des avions, voitures…

Samedi 4 août : Nous emmenons toute l’équipe au marché Massaï. Découverte des tissus Massaïs, couteaux, perles, sucre de canne, calebasses. Nous allons ensuite manger sous une petite cabane végétale. Nous commandons une pièce de boeuf pour nous tous, ugali, quelques légumes. Un repas bien sympathique. Mais le travail nous attend à Sokoine, nous ne pouvons pas rester très longtemps.

Nous retournons à l’école. Les enfants sont à la cuisine, en train de jouer ensemble. Ce lieu est devenu leur point de rencontre après l’école.

Dimanche 5 août : Pendant que tout le monde continue les travaux de la classe, François et moi décidons de nettoyer un peu le terrain. Il y a des bouteilles en plastique et surtout des briques cassées et les enfants risquent de se faire mal, ils courent bien souvent pieds nus… D’ailleurs, nous avons soigné des blessures aux pieds. Epines, coupures… Les enfants sont très résistants à la douleur malgré les infections dûes aux blessures. Certains n’ont pas de chaussures, quel tristesse… Encore un projet auquel nous devons penser…

Une fois le terrain déblayé, les travaux terminés pour la journée, tout le monde a envie de se détendre et une partie de football commence. Certains garçons sont vraiment disposés au foot. Le petit Matunda fait rire tout le monde. Il est tout petit mais personne n’arrive à lui prendre le ballon ! Quelle rigolade avec ce petit bandit !

Lundi 6 août : Gros travaux en vue, il faut cimenter les façades. Les artisans nous montrent comment nous devons nous y prendre. Chacun prend ses outils, ses gants et nous nous répartissons aux 4 coins de la classe pour avancer le travail le plus vite possible.

Une fois le travail bien avancé, l’équipe se divise en deux. La première reste sur le chantier et la seconde va préparer une grosse surprise pour les élèves, parrainés et non parrainés. Chaque enfant va recevoir un sac à son nom, garni de fournitures scolaires, une couverture polaire, une tenue vestimentaire, un pyjama, culotte, chaussettes, un jouet… Je les aide à trier les vêtements par taille. Une fois le travail terminé, nous rangeons les sacs et vêtements au fonds de la classe pour les distribuer un autre jour.

Mardi 7 août : Je prends les enfants non parrainés en photo, il est nécessaire de leur trouver un parrainage quand je serai de retour en France.

D’autres enfants jouent avec la charrette que nous avons louée pour aller chercher l’eau au lac. Les allers-retours étaient tellement fatigants… UN MO D’où distribue des bonbons aux enfants. Les rires des enfants résonnent dans l’école.

Mercredi 8 août : Les artisans commencent à poser la toiture.

Aujourd’hui UN MO D’où organise une grande fête pour les enfants. Ils découvrent une classe inhabituelle. Différents ateliers les attendent, comme la pâte à modeler, le coloriage de boules de noël, la confection de bracelets brésiliens, l’apprentissage de l’origami… Des friandises leurs sont offertes ainsi qu’une bouteille de jus de fruit pour chacun. Les enfants sont intrigués par toutes ces activités. Nous voyons qu’ils n’ont jamais dessiné ou colorié, ils ne savent pas vraiment comment utiliser les crayons de couleur. Un coloriage géant a été disposé par terre et plusieurs enfants s’y attèlent. C’est une grande découverte pour eux. Edward met l’ambiance en mettant de la musique. Une fois les ateliers terminés, Emma demande aux enfants de nous faire une démonstration de leurs danses et chants. Quel plaisir de les entendre chanter ! Ils nous invitent à danser comme eux, bel échange… C’est la fête à l’école ! Je me mets en retrait, à l’entrée de la classe. Je n’arrive pas à croire à tout ce que font ces personnes pour nos petitous. Voir cette classe remplie de joie me bouleverse, je sors de la classe pour m’isoler et pleurer, trop d’émotions pour moi…

UN MO D’où fait beaucoup pour nos enfants. En début d’après-midi nous leur offrons à notre tour un beau cadeau, un Massaï show. Nous assistons au sacrifice de la chèvre, François goûte au sang. Bienvenue au club des Massaïs mzungu ! Haha ! Nous goûtons à la viande. Un groupe de Massaï se regroupe dans la cour de notre école et commence à chanter. Le show commence. Nous les rejoignons, formons un cercle et admirons leurs prouesses. Je suis toujours subjuguée par leur voix graves…UN MO D’où participe à la danse.

Le show se termine, nous remercions les Massaïs pour cette belle prestation. Tout le monde est ravi.

Jeudi 9 août : Repas de fête pour les enfants. Tout au long de l’année, MtotoSchool récolte des petites pièces jaunes pour pouvoir offrir de temps en temps un repas complet aux élèves. Je me suis donc rendue en Tanzanie avec une belle petite somme et j’ai pu acheter de quoi leur faire un bon repas (riz, légumes, viande et bananes). Je tiens à remercier les personnes qui nous aident à récolter ces petites pièces. Vous pouvez voir sur les photos oh combien les enfants sont heureux de recevoir un repas digne de ce nom.

Après le repas, UN MO D’où souhaite distribuer les sacs cadeaux aux enfants.

Nous faisons donc entrer les enfants deux par deux dans la classe. Ils sont intimidés, se demandent ce qu’il se passe. Inès et Zeliha essaient de trouver un vêtement à leur taille. Aylin les accueille avec son plus beau sourire, entourée d’une multitude de sacs. Les enfants s’agenouillent face à elle pour pouvoir voir ce qu’il se trouve dans leur sac. Il y a des enfants qui ont le visage inexpressif, ils n’ont jamais eu autant de cadeaux, d’autres ont le visage radieux ! Avant de repartir avec leur sac, ils se dirigent vers Shakir qui leur fait choisir un petit jouet, un et pas trente six Matunda ! Haha ! C’est Noël avant l’heure à Sokoine… Une fois que la distribution des sacs est faite pour tous les élèves, nous avons encore beaucoup de vêtements à distribuer. Des enfants du villages et des mamans attendent devant la classe. Nous les faisons entrer chacuns leur tour. Tout le monde est ravi de repartir avec un vêtement neuf. Edward entre dans la classe, il est médusé par ce qu’il voit. Tant de vêtements ! Nous nous regardons et nous avons la même pensée… Nous sommes bouleversés. C’est invraisemblable ce qu’il se passe dans notre classe. Il y a 3 ans, jamais nous n’aurions pensé avoir un tel soutien pour rendre les enfants si heureux. J’en ai pleuré de joie, le bonheur des enfants et des villageois était évident.

C’est la fin de la journée, Edward et Emma mettent de la musique à l’extérieur. Les enfants du village viennent nous voir, la plupart vêtus de leurs habits neufs. Nous les invitons à danser. Les enfants sont heureux de partager ce moment avec nous et c’est réciproque.

Nous terminons notre soirée dans un petit restaurant à Dakawa, à 10 minutes de Sokoine, dans une ambiance musicale. Chacun de nous est ravi.

Vendredi 10 août : Dernier jour pour UMD à Sokoine…

UMD offre un ballon à chaque élève. J’ai téléchargé des dessins animés en swahili et nous utilisons la télé de Edward dans la classe pour les diffuser. Les élèves et aussi les enfants du village découvrent les contes de fées et autres histoires. Pour la majorité d’entre eux c’est la première fois qu’ils regardent la télé. Je ne sais pas qui est le plus heureux de cette découverte, les enfants ou moi ??…

En fin de matinée, UMD souhaite laisser son empreinte à Sokoine… Nous utilisons un tissu blanc et chacun de nous y dépose sa main avec de la peinture. Ce tissu sera affiché dans la classe, très beau souvenir de notre séjour commun…

Il est l’heure de partir pour UMD. Difficile d’exprimer quoi que ce soit, tout le monde a la gorge nouée. Petits et grands pleurent, Abi est inconsolable… C’est très dur. Shakir, fait un discours pour nous remercier « cette école est pour vos enfants et vos enfants sont votre futur ». Certaines femmes Massaï pleurent. Emma remercie UMD au nom de MtotoSchool, je suis incapable de m’exprimer… Nous nous disons au revoir le coeur serré. Merci UMD pour ce que vous avez fait pour nos petits. Nous avons passé de très bons moments ensemble. Votre départ va laisser un grand vide à Sokoine, c’est certain.

Samedi 11 août : Nouvelle journée à Sokoine. L’ambiance est différente désormais… Je pars en dala dala avec Ericy pour rejoindre Emma au marché Massaï. Nous devons acheter quelques chèvres de la part de parrains et marraines. Dans le dala dala, un Massaï que je ne connais pas me demande ce que je fais en Tanzanie. Je lui parle du projet de MtotoSchool. Il a entendu parler de notre école et me dit que les familles vivant à proximité de Sokoine apprécient cette initiative. Il me dit qu’il serait bon d’avoir un bus pour permettre aux enfants vivant loin de l’école de pouvoir venir chez MtotoSchool. Oui c’est une bonne idée, bien sûr… Nous verrons dans les années à venir ! Nous arrivons au marché, les Massaïs arrivent tôt pour vendre leur bétail. Nous retrouvons Emma. Il cherche les meilleurs chèvres possible. Les chèvres sont embarquées dans une camionnette, nous les retrouverons plus tard à Sokoine. Nous allons manger sur le marché. J’en profite pour acheter des chaussures à la petite Abigaëlle de la part d’une personne d’UN MO D’où. Abi n’a plus aucune chaussure et s’est blessé un pied… Nous retournons à Sokoine. Abi est très contente d’avoir des chaussures neuves ! Je passe ensuite mon après-midi à ranger les fournitures scolaires, le para-médical et activités sportives qu’a apporté UMD. En fin d’après-midi nous partons à pied dans le village pour apporter les chèvres à deux filleuls. Nelson et Kimeni sont devant nous, tenant 2 chèvres par une corde. Tout à coup nous les entendons rire. Ils ont laissé s’échapper les chèvres et nous devons courir après. C’est la première fois que je gronde Nelson. Nous ne devons pas perdre les chèvres ! Difficile de les attraper, il nous faut une bonne demi heure pour y réussir avec l’aide d’un homme qui nous croise… J’embrasse mon chouchou, il est pardonné, haha !

Dimanche 12 aout : J’entends de la musique non loin de l’école. Cette musique vient d’une maison en terre et il y a du monde à l’intérieur. C’est une petite église faite en terre, comme les maisons des Massaïs et les villageois s’y retrouvent pour chanter, danser, prier. J’y retrouve des enfants de l’école qui sont assis sur les bancs en tant que spectateurs ou par exemple Furaha qui danse avec les adultes. Une super ambiance !

Lorsque je ressors de l’église je croise Iqram qui est avec un copain. Il me dit « zawadi » (cadeau). Je le suis. Nous allons jusqu’au baobab qui surplombe notre école. Ils grimpent tous les deux dans l’arbre, car ils veulent m’offrir un de ses fruits. C’est tellement haut, j’ai peur et je culpabilise de les laisser monter pour me faire ce cadeau… Ils réussissent à faire tomber un fruit, redescendent et je vois la fierté de Iqram de m’offrir ce fruit. Ils vont tous les deux casser le fruit contre un tronc d’arbre. A l’intérieur, des petits cubes blancs que l’on fait fondre dans la bouche, c’est un peu sucré-acide. C’est leur friandise. Je suis très touchée par ce cadeau qui n’a pas été facile à attraper.

Plus tard, occupée dans la maison de Nelson, j’entends des pleurs de petite fille, me semble-t-il, à l’extérieur. Je sors pour voir ce qu’il se passe, une jeune fille qui n’a pas plus de 16-17 ans pleure dans les bras de la mama. Nasra m’explique que c’est une jeune fille de la famille et qu’elle a été mariée il y a quelques mois. C’est la première fois depuis son mariage qu’elle rend visite à sa famille… Si jeune…elle avait l’air si désemparée dans les bras de la mama… En fin d’après-midi, Nelson, Mesiah, Abi, Kimeni et moi allons dans le bureau pour regarder des dessins animés. Les enfants adorent ça. J’ai aussi ajouté quelques photos que nous avons faites avec les membres de UMD. Abi a envie de pleurer et Nelson réclame Lilian…

Lundi 13 août : Je vais acheter des fruits et légumes à Dakawa pour cuisiner pour mes 4 petitous. Nasra m’a fait la remarque que Nelson s’est enrobé depuis ces 2 dernières semaines car il mange bien. Cela me fait plaisir mais en même temps je me sens triste car je sais que lorsque je suis absente la famille n’a pas les moyens d’acheter autant de nourriture pour les enfants.

Les petits sont dans leur chambre en train de faire des coloriages offerts par UMD.

Une fois leur petit plat préparé, je les appelle. Ils ne se font pas attendre. Ils mangent des parts si importantes. A la fin du repas, ils crient « Sandrine, thank you ! ». Des enfants heureux pour un simple repas, un monde si différent…

Mercredi 15 août : Je fais des pops corn, il en reste encore un peu. Activités tatouages éphémères avec les enfants, ils adorent. Ensuite, je mange en compagnie de Ericy, des enfants du village jouent non loin de nous et jettent un oeil discret sur notre assiette. Il m’est impossible de manger. Je ne termine pas mon assiette et je la donne aux enfants qui se la partagent.

Tous les après-midi, les filleuls qui sont en primaire dans une autre école de Sokoine, rejoignent Ericy pour manger et ensuite apprendre l’anglais. Je vais donc leur dire bonjour dans la classe. Je vois Rose, Nashumu et Temani en pleurs. Je demande à Ericy ce qu’il se passe. Il me dit qu’elles viennent de voir le tableau où j’ai dessiné un avion pour signifier que mon départ approche. J’essaie de les consoler sans pleurer aussi… Je leur montre les photos que nous avons fait ensemble pour les distraire, ça marche. Nous allons faire des tatous éphémères. Les filles sont contentes.

Jeudi 16 août : C’est mon dernier jour à Sokoine. Je passe la matinée avec les enfants et Ericy dans la classe. Je les aide à travailler. Ericy corrige leurs travaux et moi je les prends en photo encore et encore… Les enfants deviennent turbulents. Ericy commence à hausser le ton et tape le sol avec sa baguette en bois. Il me fait rire ! Je lui propose de lui montrer la méthode de Jacqueline pour les apaiser. Vous vous souvenez de cette video ? Jacqueline faisait des mouvements avec ses bras et les enfants l’imitaient. J’en fais de même, les enfants se calment instantanément… et… j’entends des enfants murmurer « Jacqueline… ». Eh oui Jacqueline ils s’en souviennent ! Ericy est impressionné par cette méthode !

Je raconte ensuite l’histoire de Pépeur le petit lapin à 3 pattes, écrit par Marie-Christine Boulagnan et illustré par Myriam Deport, que traduit Ericy aux enfants. Au début de l’histoire ils étaient assis chacun à leur table, à la fin ils étaient agglutinés dans mon dos pour voir les images !

14:00 : c’est l’heure de mon départ de Sokoine. Mon Nelson pleure dans mes bras, Abi, en larmes, ne me lâche pas la main, Kimeni retient ses larmes, nous sommes tous tristes. Ces dernières semaines ont été si intenses avec UMD et les enfants s’attachent tellement vite. Je n’arrive pas à les consoler. Je monte sur la moto pour rejoindre un bus sur la route de Sokoine. Je me retourne et leur envoie des millions de baisers. Mon Dieu que c’est dur…

nb : Si vous avez lu ce récit vous pouvez constater que mon séjour à Sokoine avec l’équipe UN MO D’où Tanzanie s’est très bien passé. Je tiens à exprimer toute ma gratitude envers cette équipe dynamique, sympathique, humble. Zeliha, Shakir, Lilian, Aylin, Etienne, Inès, François et Cécile ont passé une année à lever les fonds nécessaires pour financer la construction de notre 2nde classe mais pas seulement !… Ce qu’a fait cette équipe à Sokoine pour les enfants est géant. Ils leur ont réservé de belles surprises et leur ont donné beaucoup d’affection ! D’ailleurs la séparation a été difficile autant pour les enfants que pour les adultes… Les villageois et les enfants se souviendront très longtemps de ce séjour. Je remercie également UN MO D’où pour sa confiance. Zeliha, présidente de UN MO D’où, m’a contactée il y a un an en me signifiant que MtotoSchool était « l’association test » car généralement UN MO D’où travaille avec des associations connues et ayant quelques années d’ancienneté. Tout a été mis en oeuvre pour que notre projet commun aboutisse. Je remercie également notre équipe de Sokoine, Emma, Edward et Ericy pour leur travail auprès des enfants et leur dévouement.

Je remercie également les donateurs et établissements qui nous ont soutenus toute cette année (Rotary Club de Martigues, les écoles Saint Michel de Mallemort et Jeanne d’Arc de Lambesc, le collège Saint Louis Sainte Marie de Gignac, la Fraternité Salonaise, l’OMS de Salon de Provence, le Festival International Espoirs, Elon Benattar et ses chanteurs, la mairie de Salon de Provence, parrains et marraines). Sans vous tous MtotoSchool serait dans l’incapacité d’aider les enfants de Sokoine…

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Février 2019

« On ne peut pas peindre du blanc sur du blanc, du noir sur du noir. Chacun a besoin de l'autre pour se révéler »

Proverbe Africain

Fevrier 2019 : L’heure est arrivée pour un nouveau voyage humanitaire avec une nouvelle équipe de l’association UN MO D’où, qui finance la construction d’une petite maison pour loger 2 enseignants. Nos valises sont à nouveau remplies de divers dons, vêtements pour les enfants, nourriture, jouets, livres, matériel sportif, etc… Le séjour sera court, une dizaine de jours, et nous avons un beau projet à réaliser sur place.

Lundi 4 Février : Nous arrivons, Jacqueline, ma maman et moi-même à l’aéroport de Dar es Salaam à 2 heures du matin. Jacqueline et Dédée (ma maman) prennent un premier taxi pour aller à l’hôtel. De mon côté, j’attends l’équipe UMD (Pauline, Louise, Clémence, Mathieu et Antoine) qui doit arriver à 4 heures du matin. C’est la première fois que nous allons nous rencontrer, mis à part quelques rendez-vous par video. La dynamique équipe sort de l’aéroport et nous rejoignons l’hôtel, nous nous couchons à 6 heures pour nous lever à 8 heures…

Nous faisons plus ample connaissance pendant le petit déjeuner et Jérémia, le frère de Emma et Edward nous rejoint dans la salle de restauration, il sera notre guide pour le trajet de Dar es Salaam jusqu’à Sokoine.

Une fois le petit déjeuner terminé, nous ne traînons pas, nous déposons nos bagages dans la navette qui nous amènera jusqu’à la gare routière de Dar es Salaam, à ¼ d’heure de l’hôtel. Nous avons encore plusieurs heures de trajet. Une fois à la gare routière, Jeremia trouve un bus Shabiby Compagny qui nous fera la faveur de nous déposer juste devant le village de Sokoine.

Quelques heures de route, nous en avons plein les yeux, les piétons aux vêtements colorés, le paysage qui est toujours aussi époustouflant, aloe vera, montagne, nuages, terre ocre… Petite halte de 15 minutes pour manger un petit peu puis nous arrivons enfin à Sokoine. Nous déchargeons nos bagages du bus, un ami viendra les charger dans sa voiture et nous les amènera jusqu’à l’école.

Nous entrons dans le village, j’ai hâte de faire découvrir notre école et de présenter mes amis à tout le monde, tout particulièrement à ma maman qui rêvait tant de me suivre. Nous longeons le lac et arrivons à hauteur de l’école, des enfants accourent vers nous, il y a Abi, Kimeni, Furaha qui a la joie de rencontrer sa marraine Dédée et beaucoup d’autres enfants. Quel bonheur de les voir ! Ils ont tellement grandi en quelques mois !

Nous arrivons dans l’école, nous constatons avec UMD que les matériaux pour la construction du local des enseignants sont en place, prêts à être utilisés !

Je fais les présentations, les enseignants, les cuisinières et les enfants sont heureux de rencontrer ces nouvelles personnes. Des ballons sont offerts aux enfants et ceux-ci sont, bien évidemment, euphoriques. Certains d’entre nous passent un petit moment à jouer avec les enfants, d’autres font connaissance par le regard, des sourires… Beaucoup d’émotions pour ce premier jour.

Les cuisinières nous ont préparé un bon petit repas dans la cuisine de l’école, tout le monde apprécie ces nouvelles saveurs.

La nuit tombe, nous sommes fatigués du voyage. UMD, tout comme la précédente équipe, dormira dans la classe sur des matelas et sous des moustiquaires. Dédée, Jacqueline et moi-même serons logées dans ma famille d’accueil. Une expérience inoubliable pour elles, une vie à la campagne avec les animaux de ferme (chant du coq le matin dans le couloir de la maison ! Meuglement des vaches et bêlement des chèvres !). Dédée et Jacqueline dormiront dans une maison traditionnelle Massaï faite de terre, de bouse de vache et de branchages et moi dans une seconde maison, juste à côté, faite en brique.

Mardi 5 Février : 5:30, comme prévu nous sommes réveillées par le coq, les vaches et les chèvres (j’en connais une qui avait envie d’étrangler le coq au bout de quelques jours !). Les femmes Massaïs s’affairent déjà autour des vaches. Elles attachent celles-ci autour d’un arbre et font venir leur veau. Celui-ci commence à têter pour activer la lactation puis la femme Massaï prend le relais et traie la vache en recueillant le lait dans une calebasse. Une fois la calebasse remplie, la vache est libérée et le veau peut à nouveau têter.

En fin de matinée, les vaches et chèvres partent dans la forêt pour s’alimenter car l’herbe est rare dans le village à cause de la sécheresse. Les Massaïs mettent chevreaux et veaux dans leur enclos pour qu’ils ne suivent pas leurs mamans dans la forêt, c’est trop dangereux pour eux.

Nous sommes donc réveillées assez tôt. Les enfants entrent en classe entre 7:30 et 8:00, nous avons donc un peu de temps pour nous préparer. Nous avons à disposition un coin douche avec chaque jour un seau d’eau provenant de la rivière (il faut dire que l’eau n’est pas très claire). Une fois prêtes nous partons toutes les trois sur le chemin de l’école (à ¼ d’heure de marche). Vers 7:30, il fait déjà chaud, des femmes Massaïs nous saluent, elles vont au lac pour laver leur linge, des enfants nous rejoignent sur le chemin pour aller jusqu’à l’école, nous rencontrons de jeunes bergers et leurs chèvres sont sur notre passage, quel dépaysement ! Nous arrivons à l’école, l’équipe UMD est déjà sur le chantier, les enfants se ruent vers nous pour nous dire bonjour, ils ont tellement d’affection pour nous… Pendant que les enfants vont travailler en classe, nous commençons à ouvrir nos valises pour trier, par famille, les cadeaux que nous avons reçus de différents donateurs, des marraines… Il est environ 10:30, l’heure du petit déjeuner. Nous buvons du chai, mangeons de l’ananas, des bananes, des beignets (vitumbua, fait de noix de coco et riz mixés, délicieux). Nous avons prévu aujourd’hui de préparer le rideau de bouchons pour réaliser la porte virtuelle de l’aire de jeux. Nous nous installons sous le baobab pour y travailler car il fait très chaud. L’équipe UMD se joint à nous ainsi que les enfants. Nous tentons de leur expliquer le but de cette activité, certaines jeunes filles connaissent quelques mots anglais, l’idée leur plaît beaucoup ! Chacun fait connaissance, les enfants jouent avec nos cheveux et touchent notre peau. Certains rient, c’est étrange pour eux de tels cheveux. Nous sortons un ballon pour que les enfants jouent au foot, le sport favori des Massaïs ! Les filles restent avec nous, chantent et dansent ou jouent à la corde à sauter.

La fin de la journée arrive, c’est l’heure du repas, vers 21:00, nous avons au menu de l’ugali (polenta avec de la farine de maïs), des haricots, du maïs, de la viande, de l’ananas et de la pastèque.

A la fin du repas UMD va se coucher dans la classe, la mama nous attend pour retourner à la maison (nyumbani), il fait nuit et elle ne veut pas que nous rentrions seules. Il fait bon à cette heure-ci, le ciel est étoilé, nous nous sentons bien…

Mercredi 6 Février : Je suis la première à être prête. En attendant que Dédée et Jacqueline me rejoignent, je rejoins les hommes Massaïs dans l’enclos des vaches . Tous les matins, avant de laisser partir le troupeau dans la forêt, ils vérifient l’état de santé de chacune des vaches. Si l’une d’entre elles montre des signes de faiblesse, ils lui administrent une piqûre. Les vaches sont la seule richesse des Massaïs, ils ne peuvent pas se permettre de les perdre. Ce matin, un des bergers veut boire du sang. Nous sommes au milieu du troupeau et je regarde les Massaïs faire leur choix sur la vache qui donnera son sang. La vache doit être robuste et non maigre à la peau fripée comme certaines. Une fois la vache sélectionnée, ils sont 4 à la coucher à l’aide d’une corde nouée à une patte arrière. Un des Massaïs cherche la veine et plante une grosse aiguille. Le sang jaillit, la vache ne souffre pas. Le Massaï peut boire le sang directement ou utiliser un récipient. C’est une boisson dyamisante pour ce jeune Massaï et je sens son excitation quand il voit le sang jaillir. Il apprécie que je sois présente à ce moment précis et m’invite à prendre des photos. Je le remercie pour ce moment exceptionnel.

Dédée et Jacqueline me rejoignent, nous partons pour l’école. UMD est d’attaque de bon matin ! Briques, ciment, ils sont très motivés ! De notre côté, Jacqueline, Dédée et moi-même devont préparer la réalisation de l’aire de jeux. Nous avons acheté une balançoire et un tobogan et souhaitons créer un parcours de motricité. Nous devons donc acheter des planches, des clous et outils pour pouvoir travailler. En attendant la livraison de notre commande, je commence à décorer la 2nde classe qui a été construite en août 2018 par la 1ère équipe UMD. La classe prend une nouvelle allure et les enfants aiment ça. Nous leur avons apporté un atlas et leur montrons d’où nous venons et le parcours que nous faisons pour venir les voir. Les enfants comme les adultes sont surpris de voir que nous vivons si loin d’eux et combien le voyage est long.

Dédée utilise ses talents de couturière pour réparer les uniformes, recoudre les boutons. Elle en profite pour confectionner des jeux aux enfants avec des boutons et de la ficelle, ça les amuse beaucoup.

Les garçons, comme à l’accoutumée, jouent au ballon et les filles à la marelle et corde à sauter. Jacqueline leur donne des accessoires de sport offerts par des clubs de Salon.

Jeudi 7 Février : Nous avons reçu les planches nécessaires à la fabrication de notre parcours de motricité. Nous commençons donc à prendre les mesures et couper les planches. Nous demandons parfois de l’aide aux hommes qui sont sur place. Le bois est très sec et très dur, difficile d’enfoncer les clous ! Tout le monde travaille, même les femmes Massaïs qui, de leur côté, confectionnent des bijoux.

Il fait très chaud, c’est vraiment exceptionnel pour un mois de février. Nous nous installons sous le baobab pour prendre notre repas. Tout le monde est en admiration devant cet arbre gigantesque. Souvent j’essaie d’imaginer tout ce qui a pu se passer sous cet arbre depuis 400 ans…

Les enfants nous rejoignent, ils ont besoin d’être avec nous. Ils nous font des petites démonstrations à l’ombre du baobab, chants et ronde…

Il fait tellement chaud qu’un gros orage éclate. Nous courons tous pour nous abriter dans la cuisine. Cette fraîcheur fait du bien à tout le monde, nous respirons un peu. Des enfants utilisent des bouteilles vides pour récupérer l’eau de pluie qui coule de la gouttière qui a été installée récemment. A cet instant précis, on se rend compte combien l’eau est importante ici…

Vendredi 8 Février : Nous avons la surprise de voir, au lever du jour, deux taureaux se défier sous nos fenêtres. Ils sont énormes. C’est impressionnant de voir ce duel à quelques mètres de nous. Les petits bergers tentent de les séparer avec leur bâton.

Une fois à l’école nous distribuons avec UMD des vêtements que chacuns de nous avons récolté pour les enfants ainsi que des jeux d’éveil, des activités pour l’école et des fournitures scolaires. Les enfants sont heureux d’avoir de nouveaux habits.

UMD reprend le travail sur le chantier qui avance bien. De notre côté, nous allons rendre visite à quelques familles de filleuls(es) pour apporter les cadeaux que parrains et marraines nous ont donné. Une forte pluie s’abat sur Sokoine, nous sommes obligés de rester chez la petite Furaha en attendant que la pluie se calme. Ma maman offre des tas de cadeaux à Furaha, sa filleule, dont un sac de couchage. Ce sac a fait fureur ! Le grand frère de Furaha le pose sur un des lits et entre dedans la tête la première ! Je le vois se débattre car il ne trouve pas la sortie et ressort à reculons à toute vitesse ! Quelle rigolade ! Je lui montre donc comment l’utiliser.

Il pleut toujours mais nous devons encore aller visiter une famille. J’ai, par chance, un grand sac poubelle dans mon sac à dos. Nous le coupons et nous en servons pour nous abriter. Nous voilà en file indienne sous le sac poubelle, pieds nus dans la gadoue pour rendre visite à la famille de Witness et Timanoi ! Rien ne nous arrête ! Moment de bonheur simple et rires… Une fois les familles rencontrées, nous retournons à l’école, les vêtements humides et des tas de choses à raconter à nos amis. L’heure du repas est arrivée, nous sommes toujours gâtés par nos cuisinières, Nasra et Mama Losingo. Il est tard, nous devons retourner à la maison avec Mama. Nous prenons le chemin habituel mais nous réalisons que la pluie l’a inondé. Pas moyen de passer ailleurs ! Nous enlevons nos nu-pieds et marchons ou plutôt glissons dans la boue. Mais nous ne sommes pas au bout de notre surprise…nous devons traverser une grande mare alors qu’il fait nuit noire et ne voyons pas ce qu’il se trouve sous l’eau. Nous suivons la Mama qui tient à bout de bras une assiette d’os pour le chien de la famille. La Mama et Dédée glissent et évitent in extremis de tomber dans l’eau. Les os sont sains et saufs ! Quelle partie de rigolade !

Samedi 9 Février : Le samedi est la journée du marché Massaï. Nous proposons donc à l’équipe UMD d’aller tous ensemble visiter ce marché et faire des achats. Difficile de faire un choix parmi tous ces tissus Massaïs, nous trouvons également des perles, du miel, des fruits et légumes etc… Une fois la visite terminée nous prenons notre repas sous une paillotte. Une bonne pièce de bœuf avec des frites et quelques légumes. Nous regagnons le taxi mais avant de rentrer au village, nous faisons un arrêt pour montrer l’école primaire dont dépendent les élèves venant de MtotoSchool. A notre retour, les enfants nous attendent à l’école pour jouer.

Dimanche 10 Février : Aujourd’hui c’est repos. Nous nous levons un peu plus tard. J’entends les femmes Massaï parler entre elles. Je regarde les vaches et les chèvres qui passent devant ma fenêtre. Je pourrai les toucher s’il n’y avait pas de moustiquaire. La vie est tellement paisible ici, c’est mon paradis. Si seulement mon filleul, Nelson, était là, je serai comblée. Mais il est entré en primaire cette année et ses parents ont décidé de l’inscrire dans un internat à 30 minutes de Sokoine. Je n’ai donc pas la chance de le voir cette fois-ci car il ne rentre que pendant les vacances scolaires. Il me manque tellement, impossible de m’imaginer repartir de Tanzanie sans l’avoir vu et j’aurai tellement voulu que ma maman fasse sa connaissance… Son papa contacte l’école et la direction nous fait une faveur en nous accordant une visite d’un quart d’heure… Beaucoup d’émotion pour mon chouchou, sa famille et moi-même de se revoir. Le temps est passé très vite mais j’ai pu lui donner quelques cadeaux (gâteaux, photos de nous deux, petits jouets…). Je suis triste de cette rencontre éclair mais aussi heureuse de pouvoir donner la chance à ce petit homme de pouvoir aller dans une bonne école. Nelson doit retourner dans son école, nous nous faisons un dernier bisou. C’est trop dur !! L’ambiance est triste dans le taxi, je pleure et ne suis pas la seule je pense…

Nous arrivons à l’école en début d’après-midi. UMD n’est pas là. Juste à côté de l’école il y a une petite église en terre et l’équipe se trouve ici en train de chanter et danser avec les gens du village.

Nous profitons de ce dimanche pour offrir un Massaï show à notre généreuse équipe. Une chèvre est sacrifiée pour l’occasion. Tout le monde découvre le rituel des Massaïs. Une très bonne ambiance règne sous le baobab, les femmes Massaïs chantent et les hommes sautent et chantent.

Lundi 11 Février : Nous travaillons pour l’aire de jeux. Nous avons demandé aux ouvriers de nous faire un peu de ciment pour sceller la balançoire, le toboggan et la porte. Nous avons installé le parcours de motricité, les chevreaux auront été les premiers à tester le parcours ! La chaleur est pesante, impossible de continuer à travailler. Nous allons tous nous reposer sous le baobab.

Mardi 12 Février : Nous avons apporté de la semoule pour faire un bon petit repas pour les enfants. Semoule à la sauce tomate, les enfants se régalent.

Après le repas nous organisons différentes activités pour les enfants, 1-2-3 soleil, de la danse, des chants, distribution de ballons gonflables… Certains parrains et marraines ont souhaité offrir une chèvre à leur filleul(e), c’est chose faite, les enfants et leur famille sont très heureux.

En fin d’après-midi nous conduisons l’équipe UMD chez ma famille d’accueil pour leur montrer comment vivent les Massaïs. Découverte de leur maison, du bétail. Des chevreaux sont nés depuis peu, une vache est en « quarantaine ». Lorsque les Massaïs achètent une vache, celle-ci a plutôt tendance à se sauver et retourner d’où elle vient. La solution est donc d’attacher la vache à un arbre pendant 2 ou 3 jours, sans manger ni boire. Au bout de ce laps de temps la vache, une fois relâchée, n’a plus envie de se sauver et ne pense qu’à une chose, se nourrir. Elle est ensuite marquée au fer avec les initiales de ses propriétaires.

Mercredi 13 Février : Nous avons enfin terminé l’aire de jeux, le ciment est sec. Nous initions les enfants au parcours de motricité, ils aiment beaucoup. Le toboggan a énormément de succès ainsi que la balançoire ! Un petit clin d’oeil à la Soli’Run que nous avons organisé en octobre dernier sur le stade d’honneur de Salon de Provence : Ericy, un de nos enseignants court avec les enfants avec une coupe à la main. A la fin de la course nous offrons des bonbons offerts par Haribo.

Le même jour nous organisons un repas festif grâce aux pièces jaunes récoltées par les détenteurs de tirelire MtotoSchool. Au menu, riz, viande, choux, papaye, bananes, oranges et du soda. Les enfants, maternelle et primaire (plus de 80), savourent leur repas sous le baobab. Quelle satisfaction de les voir manger à n’en plus pouvoir… Mille merci aux personnes qui se donnent la peine de mettre de côté leurs petites pièces pour nos petits Massaïs !

Nous passons la fin de l’après-midi à l’ombre entre nos deux classes car il fait trop chaud pour faire quoi que ce soit… Certaines rêvent d’un bon shampooing… Nous accrochons notre pocket shower à un arbre et un salon de coiffure se met en place ! Toutes les filles se font dorloter par Dédée la coiffeuse !

Jeudi 14 Février : Après l’école nous jouons avec les enfants sur l’aire de jeux. Pour terminer leur repas nous leur avons fait des pop corns et distribué des bananes.

Une fois que les enfants ont terminé leur repas, je prépare des spaghettis à la sauce tomate à mon équipe et à UMD. J’ai l’impression de leur avoir servi du caviar !! Nos habitudes alimentaires commencent à nous manquer.

Après une petite digestion, nous partons avec mon ami Jérémia vers un endroit où « seulement les hommes ont le droit d’aller »… Nous longeons un joli lac rempli de nénuphars. Jérémia m’explique que c’est cette eau qui est consommée par les gens du village car les animaux n’y ont pas accès. De plus le nénuphar a un effet dépolluant.

Nous arrivons au lieu réservé aux hommes, il s’agit en fait d’une maison végétale où les hommes peuvent manger, boire et jouer au billard ! Nous nous asseyons et commandons une bouteille d’eau fraîche, nous buvons tous les jours de l’eau à température ambiante (il fait plus de 30 degrés…). Quel plaisir de boire cette eau fraîche ! Nous regardons les Massaïs jouer au billard, moment insolite !

Nous retournons à l’école avant la tombée de la nuit, il fait tellement bon maintenant. Demain est le jour du départ de Dédée, Jacqueline et UMD. Nous bavardons dans la cuisine. Chacun donne sa première impression lorsque nous sommes arrivés à Sokoine. J’ai retenu que chacun a été impressionné par l’accueil et la gentillesse des enfants et des adultes. Dédée était très émue de rencontrer pour la première fois sa petite Furaha et Jacqueline de revoir sa petite Nashumu et son petit Iqram. Je me dis tout bas qu’ils ne s’imaginent pas à quel point, demain, jour de leur départ, sera rempli d’émotions (joie d’avoir rencontré ce peuple, tristesse de les quitter…). On ne repart pas indemne une fois qu’on a rencontré ce peuple. Toutes ces Massaïs sont à jamais dans notre cœur.

Vendredi 15 Février : C’est aujourd’hui que Louise, Clémence, Pauline, Mathieu, Antoine, Dédée et Jacqueline quittent Sokoine. La tristesse plane sur l’école. Nous tentons de sourire, de parler pour oublier notre tristesse mais c’est une chose impossible. UMD profite des derniers instants pour gonfler des ballons et jouer avec les enfants. Des femmes Massaïs viennent offrir des bijoux en guise de remerciement. Que d’émotions ! Jacqueline a confectionné des instruments de musique et invite les enfants à jouer du tam-tam, maracas pour fêter le départ. Les taxis arrivent déjà… tout le monde se dit au revoir encore et encore, c’est tellement difficile d’entrer dans le taxi et se dire que c’est fini… Des enfants et des femmes pleurent et nous font pleurer… Ce moment est très dur, très triste mais quelle joie pour moi d’avoir pu partager mon paradis avec cette nouvelle équipe UMD, Jacqueline et ma Maman qui rêvait depuis tant de temps de vivre cette aventure à mes côtés…

Les taxis s’éloignent de l’école, c’est le silence total dans l’école. Des femmes partent pour pleurer en cachette, les enfants restent auprès de moi. Il faut que je m’occupe l’esprit. Je vais faire une lessive. Je remplis une bassine d’eau que je dépose sous un arbre pour laver mon linge. Des enfants sont autour de moi et me regardent. Il fait très chaud, tellement chaud… Je regarde cette bassine d’eau, je regarde les enfants… C’est tellement tentant ! Je leur propose de se rafraîchir. Un grand sourire s’affiche sur leur visage. Ils ne se font pas prier, s’accroupissent devant la bassine et se mouillent de la tête aux pieds. Une fois terminé ils me remercient et partent jouer me laissant faire ma lessive. L’eau… Il faut impérativement apporter de l’eau à Sokoine…

Samedi 16 Février : C’est le jour du Massaï Market, je ne le râte jamais. J’adore l’ambiance qui y règne. J’aime regarder tous ces Massaïs rassemblés avec leurs tissus colorés qui négocient pour acheter ou vendre du bétail.

Je pars donc avec Jérémia pour rejoindre Emma car nous devons encore acheter une chèvre pour un filleul. J’achète également du miel qui est un délice. Comme d’habitude, nous prenons notre repas sous une paillote. Nous mangeons du bœuf, du riz et des tomates. Nous retournons ensuite à Sokoine. Je rejoins Nasra, maman de mes deux filleuls, nous allons nous reposer sous le baobab. Les enfants jouent sur l’aire de jeux, des chèvres passent tout près de nous. Comme c’est paisible.

Dimanche 17 Février : Je rejoins Nasra pour aller à l’église (petite maison en terre). Nous y entrons et des femmes (dont une âgée de 106 ans), enfants et hommes chantent et dansent. Tout le monde met ses plus beaux habits pour cette occasion. Le pasteur commence à parler de MtotoSchool. Nasra me traduit son discours, il remercie toute l’équipe de MtotoSchool de leur avoir offert une école maternelle dans le village. A la fin de la messe, chaque personne fait généralement don de fruits, de lait car ils n’ont pas d’argent à donner pour la quête. En guise de remerciements le pasteur m’offre différents fruits qui ont été donnés lors de la quête. La messe étant terminée, nous retournons chez Nasra pour manger puis nous reposer sous le baobab. Nasra crée des bijoux. Le soir, je rejoins ma famille d’accueil et nous communiquons aussi bien que possible avec les mots que je connais,

Lundi 18 Février : Rangement des fournitures scolaires apportées par UMD et MtotoSchool dans le local. Je rajoute également du sable au pied du tobogan pour que la chute soit plus douce !

Les jours passent, le ciel devient de plus en plus nuageux, l’air se rafraîchit, la saison des pluies devrait démarrer d’ici peu. Les jours passent et je profite des enfants, je les regarde jouer dans la cour, cette aire de jeux était une bonne idée. En fin d’après-midi je retourne voir ma famille d’accueil. Sur le chemin du retour je sens le soleil de plomb me brûler les épaules, il doit faire 40°. Je pense aux enfants qui vont à l’école primaire, et qui doivent faire un trajet de 30 minutes à pieds sous ce soleil, ils sont vraiment méritants. J’arrive chez ma famille d’accueil, les chevreaux cherchent la fraîcheur en se collant contre la porte d’entrée de la maison. Ils sont amorphes tant ils ont chaud. Les femmes sont à l’ombre, sous le auvent de la maison, torse nu, elles se rhabillent à mon arrivée. Deux d’entre elles se rasent les cheveux à l’aide d’une lame de rasoir et d’un peu d’eau. Les autres confectionnent des bijoux, c’est leur activité lorsqu’elles ont terminé leurs différentes tâches. Elles me posent des questions sur ma journée en swahili bien sûr et je parviens à me faire comprendre par des gestes et des mots. Elles sont aussi curieuses de connaître la vie des femmes Européennes. Une des femmes, Anna, a fait un séjour sur l’île de Zanzibar pour vendre des souvenirs aux touristes. Elle me raconte qu’elle a vu des mzungu avec des poussettes pour transporter leurs enfants. Elle me demande pourquoi nous ne portons pas nos enfants comme elles, dans le dos. Je lui réponds que certaines personnes le font mais pas toutes. Elle me répond que ces poussettes sont une bonne idée. Je profite de cette soirée pour distribuer des peluches aux enfants. Ces peluches nous ont été données par une école qui les a récoltées. Quelle joie pour les enfants ! Ils s’amusent avec, sont intrigués par certains animaux qui n’ont pas vraiment cette tête dans la réalité ! Plus tard ils s’allongent sur la mkeka (tapis) et s’endorment avec leur peluche, tellement mignons… Le soleil se couche, c’est magnifique. Il y a des éclairs, une odeur de pluie, un orage arrive, nous respirons grâce à cette fraîcheur.

Le lendemain je prépare un repas de fête pour toute la famille. Cependant, plusieurs Massaïs des alentours s’invitent au repas. Je m’affole un peu car je ne sais pas s’il y aura assez de nourriture pour tout le monde. Mais ceci est tout à fait normal. Quand il y a un événement nous devons inviter le voisinage, les amis. Je sers les enfants en premier pour être certaine qu’ils mangent à leur faim et leur offre à chacun une petite bouteille de soda. Nous mangeons tous ensemble au son de la musique Tanzanienne. Les enfants et les adultes se régalent de spaghettis en sauce tomate-légumes-riz-choux. Des Massaïs viennent remercier Nesupati (nom qui m’a été donné par mon ami Jérémia qui signifie « personne qui a bon cœur »). Beaucoup d’émotion pour moi de recevoir un nom si joli…

Le lendemain je vais à Dakawa (à 10 minutes de Sokoine) en moto avec Jérémia car je souhaite acheter des épices. Nous en profitons pour manger sur place. Jérémia a fait beaucoup de progrès en anglais depuis qu’il a fait un séjour à Zanzibar et nous pouvons parler ensemble cette année. Nous en sommes très contents. Nous parlons de sa vie, de la vie de son peuple. C’est une période très difficile. Le gouvernement ne les aide pas. Selon les mots de Jérémia, le gouvernement les considère comme des « animaux ». Jeremia m’explique que le peuple Massaï est pacifique mais prêt à se battre pour préserver ses droits et protéger son troupeau. Je souhaite pour eux qu’un jour leur vie sera plus paisible…

Jeudi 22 Février : Jour de mon départ. Je suis à l’école pour dire au revoir aux enfants. Ils sont là devant moi, tous souriants, me tendant les bras en me disant « bye bye ! », je tente de retenir mes larmes… Je mange une dernière fois avec ma famille d’accueil, nous parlons peu. Le taxi arrive et charge mes bagages. Même si je sais que je reviendrai encore et encore c’est toujours un déchirement de quitter cet endroit qui est magique pour moi…

Je tiens à remercier mon équipe MtotoSchool (France et Tanzanie) pour son soutien et tout particulièrement Jacqueline pour le temps qu’elle donne à notre association pour réaliser nos projets pour les enfants et son désir de leur faire connaître de nouvelles activités sportives, également ma Maman qui m’est d’un grand soutien ainsi que Zeliha, présidente de l’association UN MO D’où, pour avoir présenté notre nouveau projet à ses équipes. Merci Louise, Pauline, Clémence, Antoine et Mathieu, vous pouvez être fiers ! Grâce aux efforts que vous avez déployés pour récolter des fonds nous allons pouvoir loger nos 2 enseignants et ainsi pouvoir acheter plus de denrées alimentaires pour les enfants grâce à la location de leur logement .

Je suis également heureuse que ce séjour vous ait permis de vivre une belle expérience humaine à Sokoine.

UN MO D’où vous êtes les bienvenus à Sokoine, karibu sana !